Etudes économiques
Agroalimentaire

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Asie-Pacifique
Europe centrale et de l'est
Amérique Latine
Moy-Orient & Turquie
Amérique du Nord
Europe de l'Ouest
Changer de secteur

Forces

  • Forte demande des pays émergents (notamment la Chine et l’Inde)
  • Secteur relativement résilient à la pandémie de la COVID-19

Faiblesses

  • Secteur très dépendant des aléas climatiques et biologiques
  • Secteur très impacté par les tensions protectionnistes
  • Volatilité des cours des matières premières agricoles

Appréciation du risque

Synthèse de l’appréciation du risque

Le secteur agro-alimentaire, qui s’était montré résilient face aux conséquences de la crise sanitaire liée à la COVID-19 du fait de son caractère essentiel, a tout de même largement bénéficié de la reprise économique mondiale de 2021 et poursuivra cette tendance en 2022. Les campagnes de vaccination accompagnées d’un allégement des restrictions, ont permis une reprise économique mondiale tirée par la demande, notamment dans le secteur agro-alimentaire. Cette consommation liée à des achats massifs chinois, couplée à des retards de récolte causés par des aléas climatiques et des manques de main d’œuvre, à une crise de conteneurs et à un manque de ressources, ont conduit à un réel déséquilibre entre l’offre et la demande et donc à une chaine inflationniste, allant des engrais aux produits finaux du secteur. En octobre 2021, l'indice FAO des prix alimentaires avait atteint sa valeur la plus élevée depuis septembre 2011 (133,2 points, soit +31,3% sur un an). Coface s’attend à ce que les prix des produits agricoles restent relativement élevés en 2022, malgré une stabilisation.

 

De plus, le secteur agricole a été au centre des discussions lors de la COP26 qui s’est déroulée entre le 31 octobre et le 12 novembre 2021, principalement concernant la déforestation des sols et la diminution de émissions de méthane d’au moins 30% d’ici 2030.

 
La production de viande, qui avait été perturbée par la fermeture de nombreux abattoirs après la contamination à la COVID-19 de certains de leurs employés, pourrait être affectée, dans certaines régions, par un manque d’intrants (par exemple, le CO2) induit par une augmentation des cours du gaz naturel. En outre, les risques biologiques, inhérents au secteur et récemment exacerbés par l’épidémie de la peste porcine africaine qui continueront de sévir en Europe et en Afrique, malgré sa quasi-disparition en Asie, ainsi que les conséquences de l’expansion de la chenille légionnaire d’automne et de l’invasion de criquets en Afrique, exerceront des pressions à la baisse sur la production mondiale de produits agricoles cette année.

 
Le phénomène climatique, La Niña, caractérisé par une température plus basse que la normale dans le Pacifique sud, qui entraîne des modifications météorologiques autour du globe, est reparti depuis octobre 2021, portant principalement atteinte aux récoltes de maïs et soja argentines et brésiliennes mais également aux plantations d’Inde du Nord.

 

INDICE DES PRIX ALIMENTAIRES DE LA FAO (BASE 100 : JANVIER 2015)
COFA_GDR_2022_Graph_Agro_FR
Analyse approfondie du secteur
Même si l’agro-alimentaire était resté un secteur résilient face à la COVID-19, une reprise se fait ressentir dans le secteur

Bien que le secteur agro‑alimentaire ait relativement bien résisté à la crise de la COVID‑19, comparativement à d’autres secteurs (tels que les transports ou l’automobile), certains segments ont été durement touchés par la fermeture des restaurants et des bars pendant les confinements. L’allégement des restrictions et la réouverture des commerces et restaurants, bien que la fréquentation soit encore limitée dans certains pays, comme en France avec l’obligation de détenir un « pass sanitaire », permettent un rebond de la demande globale, et notamment pour les produits agro-alimentaires. Cette forte demande a contribué à une hausse des prix mondiaux des produits alimentaires, qui est également la conséquence de difficultés de récolte et de la hausse des prix de plusieurs intrants. En effet, les cours de l’ammoniaque, de la potasse, du phosphate et de l’azote, a été en 2021 l’une des principales sources de l’inflation alimentaire. En septembre 2021, la tonne d'ammoniac s'échangeait à 590 dollars, contre moins de 200 dollars un an auparavant. Ainsi, l'Indice FAO des prix des céréales a progressé en octobre 2021 (+32 points sur un an), sous l'effet d'une flambée des prix internationaux du maïs (+89,9% par rapport à mai 2020), qui à la fois résulte de la forte demande chinoise (+300% sur un an), afin de nourrir des porcs et remplacer les élevages tués par la PPA, mais aussi à des périodes de sécheresses dans les régions productrices en Amérique du Sud. D’après le FAO, la production mondiale de céréales aurait atteint un nouveau record en 2021 avant de se contracter en 2022. La consommation mondiale de sucre devrait atteindre un nouveau record historique.

 
La hausse des prix des produits agricoles est aussi la conséquence de la reprise de la demande de produits non-alimentaires, tels que les biocarburants. La taille du marché des biocarburants devrait atteindre environ 307,01 milliards de dollars US d'ici 2030, contre 141,32 milliards de dollars US en 2020, avec une croissance moyenne de 8,3 % par an de 2021 à 2030. Enfin, les grandes entreprises du secteur (Danone, Lactalis, Nestlé) ont vu leurs revenus augmenter en 2021 (+5,8% au troisième trimestre 2021 pour Danone et +2,2% pour Nestlé sur les 9 premiers mois de 2021), et ce malgré l’inflation d’abord des matières premières puis généralisée, qui a affecté les chaines d’approvisionnement dans de nombreuses régions du monde.

 

Le futur du secteur abordé à l’occasion de la COP26

Durant la conférence de Glasgow de 2021 sur les changements climatiques, les principaux challenges du secteur agricole, notamment sur la déforestation des sols et la diminution de émissions de méthane d’au moins 30% d’ici 2030, ont été abordés. D’après une étude de la FAO publiée pour l’occasion, l’artificialisation agricole (la transformation de milieux naturels par l’activité agricole) est la principale responsable du recul des zones forestières en Afrique et Asie, où les pertes forestières sont à plus de 75% imputables à la conversion à un usage agraire. Néanmoins, certains pays pourraient se montrer réticents à envisager de mettre en péril leur sécurité alimentaire, ainsi qu’un secteur grand pourvoyeur en devises. 

 

En Amérique du Sud, près des trois quarts de la déforestation est attribuable au pâturage du bétail. 45 pays avec le soutien de 95 grosses entreprises souhaitent mobiliser 4 milliards de dollars pour investir dans le développement de cultures résistantes au climat et de solutions régénératrices pour améliorer la santé des sols. La COP26 a aussi mis en avant des programmes d'adaptation au changement climatique pour les agriculteurs les plus fragiles pour les aider à s’adapter aux changements climatiques. Enfin, le secteur agricole avec notamment l’élevage seraient l’un des principaux responsables des émissions de méthane dans le monde. Selon les estimations de la Commission européenne, les 30% de réduction des émissions de méthane promis pourraient aider à diminuer le réchauffement climatique prévu d’au moins 0,2 degré Celsius d’ici à 2050. Ainsi, le nouvel accord mondial sur le méthane (Global Methane Pledge) a été annoncé dans les premiers jours de la COP26 et signé par 90 pays. De nouvelles mesures techniques telles que des compléments alimentaires pour animaux ou l’ajout d’ingrédients innovants pour l’alimentation animale pourraient voir le jour prochainement.

 

Les risques biologiques et climatiques qui préexistaient à la crise liée à la COVID-19 sont toujours présents

La Peste Porcine Africaine (PPA) qui était déclarée en Europe et en Asie pendant l’été 2018 sera toujours présente en Afrique et en Europe. L’Asie a été particulièrement affectée par la maladie qui s’est répandue dans la région, causant des ravages chez les producteurs de porc, tout particulièrement en Chine, qui représente 50 % de la production et de la consommation mondiale de porc. Depuis l’arrivée de la PPA en aout 2018, le pays a perdu 40% de son cheptel de porc. Cela a eu pour conséquence l’augmentation des importations chinoises de porc en provenance d’autres régions du monde tels que l’Union européenne et les États‑Unis. Cette augmentation de la demande chinoise a entraîné une très forte hausse des prix du porc qui a poussé certains consommateurs chinois à s’orienter vers d’autres viandes. D’après le ministre de l’agriculture chinois, le pays a retrouvé son niveau de cheptel d’avant épidémie de PPA. Ainsi, après avoir atteint des hausses records (+31,3% en Europe entre 2019 et 2020, +69% en Chine en 2019), le prix du porc vif et de la viande de porc a chuté à partir de début janvier 2021, pour retrouver ainsi les niveaux pré-PPA.

 
En plus de la PPA, il faut noter deux risques biologiques important pour le secteur agro‑alimentaire : la chenille légionnaire d’automne (FAW pour Fall Army Worm) et le criquet. La FAW est une chenille qui se nourrit principalement de maïs, mais aussi de riz, de sorgho et de coton. Elle a été détectée pour la première fois en Afrique de l’Ouest début 2016. La FAW a aujourd’hui atteint 44 pays, en Asie et en Afrique, mais aussi en Australie. La Chine est le deuxième plus grand producteur mondial de maïs, la présence de la FAW pourrait donc conduire à des pressions inflationnistes sur les prix mondiaux du maïs. L'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souhaite mettre en place un programme de 500 millions de dollars pour coordonner la réponse à l’invasion de chenilles légionnaires d’automne partout dans le monde.

 
Un épisode du phénomène climatique La Niña, caractérisé par des températures plus faibles que la normale dans le Pacifique Sud, est de retour depuis octobre 2021. Elle cause des perturbations météorologiques dans le monde entier et impact la production de matières premières agricoles. C’est pourquoi, fin 2021, le prix du maïs a connu une nouvelle hausse, après la circulation d’informations annonçant le retour de la Nina de novembre à janvier prochain (probabilité de 70% d’après l’indicateur ENSO). Selon des météorologues, La Niña pourrait entraîner un temps plus sec que d'ordinaire en Argentine et au Brésil, des conditions défavorables aux cultures du maïs et du soja.

 
Enfin, l’année 2021 a été marquée par plusieurs intempéries dans le monde entier : inondations et incendies en Europe, sècheresses aux États-Unis… Ces évènements pourraient avoir des conséquences sur la production agricole en 2022.

 

Des pays européens et nord-américains soumis à de nouvelles directives environnementales

Les contraintes imposées par des politiques environnementales sont relativement plus fortes en Amérique du Nord et Europe occidentale. Par exemple, le parlement européen a défini en juin les nouvelles directives de la réforme de la Politique Agricole Commune, qui prendra effet en 2023. Parmi les changements les plus importants, la PAC va introduire de nouvelles méthode de travail : chaque État membre devra élaborer un plan stratégique expliquant l’allocation des dépenses des subventions de la PAC. Les pays devront allouer un minimum de 25 % aux éco-régimes (initiatives respectueuses de l'environnement comme  l'agriculture biologique ou l'agriculture de précision), et au moins 35 % des fonds de développement rural devront être consacrés à des projets favorisant les pratiques en matière d'environnement, de climat et de bien-être animal.

 

Dernière mise à jour : février 2022

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