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06/04/2021
Risque pays et études économiques

Etats-Unis : Le plan de relance ouvre la voie à un déficit commercial record

Etats-Unis : Le plan de relance ouvre la voie à un déficit commercial record

Principal importateur et deuxième exportateur de marchandises du monde, les Etats-Unis entretiennent un déficit commercial depuis le début des années 1970. En dépit de l’escalade des tensions commerciales -notamment avec la Chine-, des barrières douanières qui visaient à réduire ce déséquilibre des échanges de biens et après une année 2020 au cours de laquelle les flux commerciaux ont été perturbés par la pandémie de la COVID-19, le déficit commercial a atteint un niveau record de plus de 900 milliards de dollars U.S.(USD).  Dans sa dernière publication économique, le groupe Coface prévoit qu’après une contraction de 3,5% en 2020, le PIB américain rebondira de 5,7% cette année, ce qui permettrait aux Etats-Unis de retrouver son niveau d’avant-crise dès la mi-2021, avant la plupart des économies avancées. A l’aube des 100 premiers jours du President Biden, ce rebond plus puissant aux Etats-Unis que chez ses principaux partenaires commerciaux devrait être impulsé par une réponse budgétaire sans précédent à la crise. Le plan de soutien adopté en mars 2021 et baptisé « Plan de sauvetage américain » s’élève à 1,9 billions USD, et portera le total de la réponse budgétaire à la crise à un montant équivalent à 27 % du PIB américain, plus que toute autres économie mature. Grâce à une analyse reposant sur l’estimation historique d’un solde commercial potentiel, Coface estime que le déficit pourrait être jusqu’à 56 milliards plus élevés qu’il ne l’aurait été sans le plan de relance

UN DÉFICIT DÉTERMINÉ ENTRETENU PAR LA CONSOMMATION AMÉRICAINE

Historiquement, l’origine de ce déficit s’explique par les considérables importations visant à satisfaire la consommation américaine. Depuis 2015, la principale évolution concerne la baisse du poids des produits et matériaux industriels dans le déficit commercial. D’après l’Energy Information Administration, le pays est devenu exportateur net de gaz naturel en 2017, tandis que les volumes d’importations nettes de pétrole brut ont atteints leur plus faible niveau depuis le milieu des années 1980. Bien que les biens d'équipement constituent le secteur d'exportation le plus important (34 % du total entre 2010 et 2020), leur croissance a été supplantée par celle des importations, pénalisée, ces deux dernières années, par les déboires de Boeing[1], puis par la pandémie de la COVID-19.

USA – CHINE : UNE GUERRE COMMERCIALE AUX RÉSULTATS NUANCÉS

La présidence de Donald Trump a mis en évidence le poids considérable de la Chine dans le déficit commercial. Entre 2010 et 2020, le pays compte pour environ 44 % dans la balance. Ce poids a toutefois amorcé une baisse ces deux dernières années du niveau record de près de 420 milliards USD atteint en 2018. Cela n’a néanmoins pas aidé Donald Trump à atteindre son objectif de campagne en 2016, de réduction significative du déficit commercial global. Ce dernier a même toujours été plus élevé que celui dont il a hérité lors de son arrivée à la Maison Blanche. Si l’impact des tarifs douaniers s’est fait ressentir sur le déficit bilatéral avec la Chine, en baisse de 18 % en 2019, près des trois quarts de cette baisse ont été toutefois compensés par le solde des échanges avec le reste du monde.Le constat est similaire en 2020. La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, caractérisée par une hausse des barrières douanières entre les deux plus grandes puissances économiques du monde, s’est donc traduite par des résultats mitigés. 

Signé le 15 janvier 2020, par le président américain Donald Trump et le vice-Président chinois Liu He, le bilan de l’accord commercial de Phase Unest est difficile à évaluer, car perturbé par la pandémie de la COVID-19. A la fin de l’année 2020, la Chine n'a pas atteint son objectif d'acheter pour près de 64 milliards de dollars supplémentaires de produits agricoles, énergétiques et manufacturés par rapport au niveau de référence de 2017. Sur un total de 159 milliards USD d’achats de marchandises promis[2], la Chine ne s’est acquittée que de 59 % de cette cible à la fin de l’année.

« PLAN DE SAUVETAGE AMÉRICAIN » : UN FORT REBOND, MAIS UN DÉFICIT COMMERCIAL TOUJOURS PLUS ÉLEVÉ

Après le choc de la crise liée à la pandémie de la COVID-19, un autre grand changement des équilibres macroéconomiques s’annonce avec le plan de relance massif, baptisé « Plan de Sauvetage Américain ». Adopté en mars, il est estimé à près de 1 900 milliards USD (9 % du PIB) sur les 10 prochaines années, dont plus d’un tiers sera injecté directement dans l’économie en 2021 et s’ajoute à près de 4 000 milliards autorisés par le Congrès en 2020 pour répondre à la crise.

Compte tenu des progrès rapides des Etats-Unis dans le déploiement du vaccin contre la COVID-19 (plus d’un quart de la population a reçu au moins une dose à fin mars), Coface anticipe donc un fort rebond de la consommation privée, qui poussera la croissance à 5,7% en 2021, après une contraction de 3,5% l’année dernière. Selon Coface, le pays serait ainsi l’un des premiers pays à retrouver son niveau d’activité d’avant-crise, à la mi-2021.

Le « boom » attendu de la consommation américaine alimentera la demande d’importations, posant les bases d’un déficit commercial record. Coface estime que le plan de relance pourrait être à l’origine de 56 milliards USD supplémentaires de déficit. Les déficits bilatéraux avec le Mexique, mais aussi avec l’Allemagne, la Corée du Sud, le Brésil ou l’Inde pourraient se creuser en conséquence.

Le plan d’investissement en infrastructure de plus de 2 000 milliards USD sur 8 ans, dévoilé la semaine dernière par la Maison Blanche, n’aura certainement pas un effet aussi important dès 2021. Néanmoins, puisque les hausses d’impôts le finançant seront échelonnés sur 15 ans, il contribuera à creuser le déficit budgétaire fédéral dans les prochaines années, entraînant certainement un déficit commercial plus élevé.

DE « L’AMÉRIQUE D’ABORD » À « L’AMÉRIQUE EST DE RETOUR » 

Devenu président des Etats-Unis le 20 janvier 2021, Joe Biden succède à Donald Trump, dont la politique de « l’Amérique d’abord » s’est caractérisée par une montée des tensions commerciales et des barrières douanières, particulièrement avec la Chine.

La campagne et les premières actions du président Biden ont signalé que la politique commerciale s’inscrirait plus globalement dans sa politique extérieure, résumée par le slogan « l’Amérique est de retour ». Le programme de politique commerciale, publié début mars, indique que la restauration du leadership des États-Unis dans le monde et la réparation des partenariats et des alliances sont ainsi des priorités de son administration.

En revanche, les premières indications sur la position à l’égard de la Chine affichent plus de fermeté. Elle est reflétée dans le programme commercial de l’administration, qui érige en priorité de répondre aux pratiques commerciales « abusives et déloyales ». Le président et son administration n’ont signalé aucune intention de réduire les tarifs douaniers mis en place dans le cadre de la guerre commerciale, qui pourraient, dès lors, servir de leviers de négociations dans de futures discussions bilatérales.

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[1] Suite à deux crashs en octobre 2018, puis en mars 2019 impliquant le Boeing 737 Max, l’appareil a été suspendu de vol par les autorités de certification en mars 2019. Après modification de l’appareil, la Federal Aviation Administration (FAA), agence américaine régulant l’aviation civile, a autorisé sa remise en service en novembre 2020.

[2] Source: Chad P. Bown. 2021.US-China Phase One Tracker: China’s Import Purchases. Peterson Institute for International Economics.

 

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