Ralentissement passager de l’économie
Le royaume d’Eswatini connaît un ralentissement économique qui devrait se prolonger en 2027, sous l’effet de la hausse de l’inflation, notamment pour le carburant, d’un probable épisode El Niño, ainsi que d’un ralentissement du tourisme et de l’investissement public. Le ralentissement sera léger, car les salaires du secteur public ont été récemment sensiblement augmentés, tandis que le développement des infrastructures se poursuit et les exportations, notamment de sucre vers l’Afrique du Sud, résistent bien.
Le tertiaire reste le principal pilier de l’économie avec plus de 56 % de la valeur ajoutée au T4 2025, en augmentation de 9,9 % en glissement annuel. Cette performance s’explique par la progression du commerce de gros et de détail, ainsi que des services financiers et d’assurance. Le tourisme fait preuve de résilience, malgré la hausse des prix de l’aérien. Bien que le secteur agricole ne représente que 7% du PIB, il emploie près de 20 % de la population active. La propagation de la fièvre aphteuse dans le cheptel, depuis mai 2025, affecte les revenus qui pourraient aussi souffrir des effets d’El Niño. Le secteur secondaire repose sur plusieurs filières exportatrices aux performances satisfaisantes : le sucre, les concentrés pour boissons, l’habillement, le bois scié, la pâte à papier, et les produits chimiques.
Cependant, la croissance reste principalement tirée par l’investissement, surtout dans la construction de projets d’infrastructures publics et privés. L’édification du barrage de Mpakeni se poursuit. Un programme national lancé en juillet 2026, d’un coût de USD 175,7 millions (financé à 80 % par la Banque africaine de développement), prévoit la construction de deux axes routiers traversant le pays. Le projet d’irrigation de Mkhondvo-Ngwavuma (2,8 milliards USD en grande partie financés par des institutions internationales) se poursuit. Il permettra la mise en culture d’environ 9 400 hectares. Le projet Phuzumoya Strategic Oil Reserve, doté d’un budget de USD 300 millions apporté par Taiwan, vise la constitution d’une réserve stratégique de 80 millions de litres de produits pétroliers. Parallèlement, la consommation privée même bridée par la pauvreté, bénéficie de la hausse du crédit aux ménages (+7,1 % sur un an en mars 2026), ainsi que des relèvements salariaux dans le secteur public. La hausse du prix de l’énergie représente un risque, mais son impact sur la demande intérieure devrait rester limité. L’inflation demeurant plus modérée qu’en Afrique du Sud, la Banque centrale a choisi de maintenir son taux directeur inchangé à 6,75%, malgré la hausse de 25 points de base décidée par la Banque centrale sud-africaine.
Alourdissement de la facture pétrolière
Le déficit public s’est fortement creusé entre les exercices 2024/25 et 2025/26, principalement sous l’effet de l’augmentation des salaires publics. La seule phase II de la réforme salariale aurait coûté USD 13 millions à l’Etat. Les dépenses d’investissement ont aussi augmenté. En conséquence, les dépenses totales de l’Etat sont passées E32,6 milliards à 35,6 milliards en 2025/26, soit 37,8% du PIB. A cela s’est ajoutée la baisse des recettes de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU), qui ont chuté de 20% en 2025/26 par rapport à 2024/2025.
Au cours de l’exercice budgétaire 2026/27, le déficit devrait rester élevé. La poursuite de la hausse des dépenses salariales, dans les infrastructures, l’agriculture (subventions) et la santé devrait être compensée par une amélioration de la collecte fiscale et des versements en provenance de la SACU. La première s’appuie sur la numérisation. De plus, la suppression des postes fictifs et la lutte contre la corruption contribueront. Le financement du déficit s’effectue surtout par recours à l’endettement. La hausse de la dette a été portée à la fois par ses volets intérieur (50,6% de la dette totale) et extérieur. La dette extérieure est majoritairement contractée auprès de créanciers multilatéraux (67,3%), surtout la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, notamment pour le financement des infrastructures publiques, et bilatéraux. Les intérêts de la dette pèsent de plus en plus : ils représenteraient 10% des dépenses budgétaires prévues pour 2026/2027.
Avec l’alourdissement de la facture pétrolière, mais aussi l’augmentation des achats liés aux grands projets, l’excédent commercial et, avec lui, l’excédent courant ont diminué. La balance des services est quant à elle déficitaire, les frais de transport et d’ingénierie dépassant les recettes touristiques. Le paiement des intérêts de la dette et des revenus des investisseurs étrangers est contrebalancé par les versements de la SACU, l’aide budgétaire internationale et les remises des expatriés, même en chute : elles n’atteignent plus que USD 33,7 millions en 2025 alors qu’elles s’élevaient à 132 millions en 2021.
La monarchie absolue suscite le mécontentement
Malgré son impopularité, le roi Mswati III, souverain depuis 40 ans, se maintient au pouvoir. Dans la dernière monarchie absolue d’Afrique, le système politique demeure verrouillé : les partis sont interdits, les manifestations systématiquement réprimées, et les pouvoirs sécuritaires et institutionnels (dissolution de l’Assemblée ou révocation des ministres) sont concentrés appartiennent au roi. Parmi les 63 députés élus (sur 74 au total, lors des dernières élections législatives de septembre 2023, tous sont royalistes. Le mécontentement se nourrit du chômage élevé (35% en 2025 et 53% parmi les jeunes), des lacunes des services publics, de la pauvreté, de la corruption et de l’absence de libertés civiles et politiques.
Eswatini entretient des relations étroites avec l’Afrique du Sud, son premier partenaire commercial, qui compte pour 70% de ses exportations et 80% de ses importations et héberge ses expatriés. L’immobilisme institutionnel inquiète la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui, cependant, ne devrait pas interférer, sauf en cas de crise sévère. Eswatini est le seul pays africain à maintenir des relations diplomatiques avec Taïwan, malgré des pressions de Pékin. En juin 2025, un accord de prêt de USD 300 millions a été signé avec la Banque d'import-export de la République de Chine (Taïwan) pour financer la construction d’une réserve de pétrole. Cela s’ajoute à un accord de coopération commerciale signé en 2024 et l’annonce récente du soutien financier de Taiwan aux secteurs du tourisme et de la santé. En août 2025, alors que les Etats-Unis imposaient de nouveaux tarifs douaniers à la plupart des pays, Eswatini figurait parmi les 6 pays africains exemptés. Cette décision est la conséquence d’un accord conclu entre les deux pays pour l’accueil de personnes expulsées des Etats-Unis.

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