Une croissance à deux chiffres, portée par l’essor du secteur pétrolier
L’économie guyanienne maintient une trajectoire de croissance exceptionnelle, bien supérieure à celle de ses voisins, grâce à l’expansion de son secteur pétrolier. Après un effet de base élevé en 2024, la croissance s’est naturellement modérée en 2025. La production pétrolière, bien qu’en progression avec un pic à 754 400 barils par jour (bpj) après le démarrage du champ Yellowtail en août, n’a pas suffi à maintenir le rythme soutenu des années précédentes. En effet, contrairement à 2024, où le champ Payara avait été lancé dès le début de l’année, 2025 n’a pas de nouveau projet mis en service sur l’ensemble de l’exercice, limitant la croissance du PIB pétrolier à 9,5 % (contre 57,7 % en 2024). Par ailleurs, les prix du pétrole ont été moins favorables qu’en 2024.
L’année 2026 s’annonce comme un nouveau jalon, avec une année de pleine production sur les quatre champs pétroliers existants (Liza 1 & 2, Payara, et Yellowtail) exploités par le consortium Stabroek, associant Exxon-Mobil (45 % de participation), Chevron (30 %) et CNOOC (25 %). La mise en exploitation du cinquième projet, Uaru, permettra d’approcher une capacité de production avoisinant 1,3 million de bpj. Par ailleurs, le projet Whiptail, avec une mise en service prévue pour 2027, puis le projet Hammerhead (2029) annoncé en octobre 2025, porteront la production à environ 1,7 million de bpj d’ici 2030. Au-delà de l’extraction pétrolière, le secteur énergétique (75 % du PIB) stimulera l’ensemble de l’économie. Le projet Gas-to-energy attendu en 2026, exploitera le gaz associé à la production pétrolière et devrait produire 300 MW d'électricité pour alimenter les entreprises et les ménages. Les investissements, tant privés dans le secteur pétrolier que publics dans les projets énergétiques et d'infrastructure, resteront vigoureux. Ils soutiendront une demande intérieure robuste, portée par l’emploi, la hausse des salaires et les dépenses sociales. Les activités non pétrolières profiteront également par effet d'entraînement, y compris la construction, les services (hôtellerie, restauration, transport. L’économie bénéficiera également du dynamisme du secteur aurifère (4,2 % des exportations en 2024). Cependant, l’industrie de la canne à sucre devrait pâtir de difficultés de gestion de l'entreprise publique Guysuco. Par ailleurs, la riziculture a récemment souffert d’aléas climatiques.
Enfin, depuis août 2025, les exportations guyaniennes vers les États-Unis, son deuxième client (15 % des exportations totales en 2024), sont soumises à un droit de douane de 15 %. L’impact reste nul, puisque la quasi-totalité des exportations vers les États-Unis – le pétrole brut (81 % des exportations totales, dont 93 % destinées aux E.U.), l’or et le minerai d’aluminium – bénéficient d’exemptions.
Des comptes publics confortés par la manne pétrolière
Le déficit budgétaire s’est réduit en 2025, avec la progression des recettes pétrolières (40 % des recettes totales). Cependant, sa signification est limitée, car il dépend largement des transferts en provenance du fonds souverain. Le déficit se rapportant au PIB non pétrolier est systématiquement beaucoup plus élevé (resp. - 21 % et - 13,2 % en 2024 puis 2025). Depuis 2019, les recettes pétrolières sont gérées par le Fonds des ressources naturelles (FRN), qui affichait une valeur de marché de 3,6 milliards USD en septembre 2025 (12,1 % du PIB). Elle reflète l’accumulation des ventes de pétrole correspondant à la part de l’Etat dans l’exploitation et aux redevances versées au FRN, ainsi que les gains générés par ses placements financiers. Les règles de retrait du FRN, révisées en 2024, autorisent désormais des transferts plus élevés vers le budget national (jusqu’à 2,5 milliards USD en 2025, face à des versements totaux de 2,6 milliards en 2024). Toutefois, les retraits ne peuvent pas dépasser les versements effectués l’année précédente et doivent être approuvés par le Parlement. Ces prélèvements ont permis au gouvernement de financer, à la fois, des transferts sociaux ciblés (hausse des pensions, aides publiques destinées aux adultes vulnérables, allocations familiales), des baisses d’impôts et des subventions au pouvoir d’achat. En outre, l’État investit dans le capital humain, avec la gratuité de l’enseignement universitaire, et poursuit d’importants projets d’infrastructures, comme le pont sur la Demerara.
En 2026, la politique budgétaire devrait rester axée sur l'utilisation des recettes pétrolières pour maintenir le niveau d’investissement et les dépenses sociales. La mise en service du champ Uaru augmentera la production et les recettes, compensant des prix du pétrole plus modérés, dans un contexte de surabondance de l’offre. Le gouvernement entend prolonger les mesures fiscales et sociales adoptées en 2025, tout en finançant de nouveaux projets dans la défense, la santé et l’éducation. Les tensions sur la dépense resteront vives, en raison des hausses salariales dans la fonction publique et du renforcement des prestations sociales et retraites. Cette politique budgétaire expansionniste stimule la demande intérieure et tend les prix à la consommation. Dans ce contexte, la Banque du Guyana (BoG), confrontée à un taux de change fixe avec le dollar américain, ne peut agir que via des opérations d’open market et les réserves obligatoires. Pour tempérer ces tensions, la BoG a relevé le ratio de réserves obligatoires de 10 % à 12 % en septembre 2022, tout en injectant des liquidités à un rythme inférieur à la croissance du PIB non pétrolier.
La stratégie de financement repose sur la gestion prudente de la dette. L’État privilégie les transferts depuis le FRN pour éviter de creuser le déficit et augmenter le ratio d’endettement. Viennent, ensuite, les emprunts domestiques et les financements concessionnels multilatéraux. Le recours aux crédits carbone complète ces ressources. Ainsi, la dette extérieure (40 % de la dette publique totale) est tombée à 9 % du PIB en 2024. Elle est plus que couverte par les actifs du FRN, éliminant le risque de liquidité en devises. Elle est majoritairement détenue par des institutions multilatérales (58 % fin 2024, notamment la Banque Interaméricaine de Développement) et par des créanciers bilatéraux, principalement la Chine. Enfin, la dette intérieure, essentiellement composée de bons du Trésor détenus par la BoG, s’est stabilisée.
Récurrence de l’excédent courant
En 2025, l’excédent courant s’est modéré, sous l’effet de la baisse des prix du pétrole et de l’importation de l’unité flottante de production One Guyana pour le projet Yellowtail. L’excédent devrait légèrement augmenter en 2026 avec la mise en pleine capacité du champ One Guyana, soutenant les exportations de pétrole. La demande en importations demeurera toutefois élevée, notamment dans les secteurs extractifs et la construction. Le déficit des revenus primaires se maintiendra, avec le rapatriement des bénéfices des entreprises étrangères mais la plupart de leurs bénéfices devraient continuer d’être réinvestis au Guyana. En outre, le déficit de la balance des services augmentera, en lien avec les paiements pour la construction et les services liés aux opérations pétrolières. L’excédent des revenus secondaires poursuivra sa réduction, du fait d’une croissance des envois de fonds des expatriés inférieure à celle du PIB. Par ailleurs, les pénuries ponctuelles de devises étrangères, en lien avec la forte demande des ménages en biens importés, ont entraîné des plaintes persistantes des banques commerciales locales. En réponse, et pour stabiliser le taux de change (1GUY=0,0048USD), la BoG est intervenue en injectant 1,2 milliard USD dans le système financier depuis le début de l’année 2025, soit plus de trois fois le montant total de 2024.
Les réserves de change atteignaient 1 milliard USD à la fin de l’année 2024, soit une couverture d’un mois d’importations. Ce faible niveau est faussé par le dépôt d’une bonne partie des recettes pétrolières de l’Etat dans le FRN, ainsi que le recouvrement des coûts supportés par les opérateurs pétroliers pour financer les importations de capitaux nécessaires à l’exploration et à la production. À l’avenir, la hausse de la production pétrolière devrait générer des entrées de devises suffisantes pour permettre une accumulation progressive des réserves.
Réélection de I. Ali dans un contexte de tensions persistantes avec le Venezuela
Lors des élections générales de septembre 2025, le président sortant Irfaan Ali a été reconduit par une large majorité. Son parti de centre-gauche, le People's Progressive Party/Civic (PPP/C), a obtenu 55,3 % des voix et 36 des 65 sièges de l’Assemblée nationale, consolidant sa position sans toutefois atteindre la majorité des deux tiers nécessaire pour modifier la Constitution. Contrairement au scrutin de 2020, l’élection s’est déroulée sans contestation majeure, portée par le contexte économique de boom pétrolier, et de mobilisation nationaliste face aux tensions avec le Venezuela. Traditionnellement structuré selon des lignes ethniques, le paysage politique guyanien a connu un léger effacement de ces clivages. Le PPP/C, soutenu principalement par les Indo-Guyaniens (40 % de la population), a remporté huit des dix régions, dont Demerara-Mahaica, bastion historique de l’APNU (A Partnership for National Unity, traditionnellement soutenu par les Afro-Guyaniens représentant 30 % de la population), tandis que ce dernier a perdu plusieurs de ses fiefs au profit du nouveau parti We Invest in Nationhood (WIN).
Sur le plan international, le différend frontalier avec le Venezuela à propos de l’Essequibo, territoire pétrolier stratégique couvrant deux tiers du Guyana, reste la principale source d’instabilité. Fondé sur la sentence arbitrale de Paris de 1899, ouvertement rejetée par Caracas depuis l’indépendance du Guyana en 1966, ce différend a pris une dimension cruciale avec les découvertes pétrolières de 2015 dans le bloc Stabroek. Le Guyana a saisi la Cour internationale de justice (CIJ), qui a reconnu sa compétence en avril 2024. Malgré un accord bilatéral de non-recours à la force, Caracas a intensifié ses activités militaires, multipliant incidents et provocations avant les élections de 2025, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni ont exprimé leur soutien militaire dissuasif au Guyana. Le Guyana soutient, par ailleurs, les efforts américains de lutte contre le trafic de stupéfiants dans la région, précisant qu’il ne s’agit pas d’un soutien à une action militaire contre le Venezuela. La décision de la CIJ, attendue en 2026, si elle devait légitimer la frontière guyanienne, peut provoquer une escalade, si elle est rejetée par Caracas. Enfin, la Chine restera dans une position délicate. Alors que son groupe public CNOOC coexploite les gisements pétroliers du Guyana, Pékin reste un partenaire politique et économique de premier plan du Venezuela.

Europe
Singapour
États-Unis d'Amérique
Royaume-Uni
Panama
Chine
Trinité-et-Tobago
Bahamas, Commonwealth of the








