Une reprise de la croissance atténuée par le conflit au Moyen Orient
L’année 2025 fut marquée par le rebond de l’activité économique tirée par la demande intérieure. Cette reprise de la croissance a été légèrement freinée en 2026 par le conflit au Moyen Orient, mais elle devrait reprendre son cours en 2027. La hausse du prix de l’énergie a directement renchéri les intrants et le transport. L’activité économique reste néanmoins résiliente, portée par la consommation privée amenée à croître de 1.6% en 2026 et 1.9% en 2027. Soutenue par la hausse des salaires nominaux, celle-ci reste néanmoins fragilisée par l’inflation encore élevée. L’accélération inflationniste est intervenue dès 2025. La hausse du prix de l’énergie résultant du blocage du détroit d’Ormuz a maintenu l’inflation à un niveau élevé en 2026, et une absence d’amélioration de la situation géopolitique en 2027 entretiendra les tensions. L’impact reste tout de même modéré car la Lettonie dispose d’un secteur industriel avec une intensité énergique relativement faible et d’un mix énergétique assez diversifié. Par ailleurs, pour limiter la perte de pouvoir d’achat des consommateurs, le gouvernement a baissé la TVA sur certains produits alimentaires de première nécessité.
En 2025, l’investissement a bondi de 9,8%, après deux années de contraction. Il était principalement porté par l’investissement privé, ainsi que l’apport de fonds européens, notamment dans le projet ferroviaire Rail Baltica. Financé à 85% par l’Union Européenne, ce projet vise à construire une nouvelle ligne à grande vitesse pour intégrer les pays baltes au réseau européen et accroitre la compétitivité régionale. Initialement prévu pour 2026, l’achèvement a été retardé à 2030, car la Lettonie ne disposait pas des ressources budgétaires nécessaires, évalués à 3,7 milliards d’euros. Sous l’effet conjugué de l’inflation et du climat géopolitique incertain, la hausse de l’investissement projetée pour 2026 s’est modérée avec une hausse autour de 3%. Le pays rencontre toujours des difficultés dans le financement de l’innovation, avec des aides fragmentées et lourdes en formalités administratives. Cependant en 2026, la Banque européenne d’investissement (BEI) a engagé 20 millions d’euros dans des obligations vertes émises par Latvenergo, la société publique d’électricité. Le financement soutiendra des projets éoliens, le stockage d’énergie par batterie et la rénovation de l’hydroélectricité et les installations photovoltaïques.
L’économie est tirée par le secteur tertiaire qui contribue pour 75% au PIB, avec des services aux entreprises, les TIC et les transports. Avec les restrictions imposées par l’UE aux transporteurs russes, les échanges avec la Russie s’effectuent de plus en plus via les pays baltes, par l'intermédiaire d'entreprises locales. Toutefois, en juillet 2026, la Russie a suspendu temporairement le fonctionnement de ses postes frontières ferroviaires avec la Lettonie. En dépit de la faiblesse de la construction ouest-européenne, le secteur du bois et de l’ameublement dispose d’un avantage concurrentiel grâce à la ressource forestière abondante. Principale ressource naturelle du pays, le bois est aussi utilisé pour le chauffage domestique et la production d’énergie dans des centrales biomasse. L’industrie pharmaceutique est également un secteur performant avec une croissance des ventes de 8,5 % en 2026, nettement portée par la société Grindeks. Le leader pharmaceutique a notamment réduit ses exports vers la Russie, au profit de d’une expansion sur de nouveaux marchés, notamment en Amérique du Sud.
Des tensions budgétaires accrues induites par l’augmentation des dépenses pour la défense
Le déficit budgétaire devrait augmenter en 2026 et 2027. Ce creusement résulte de la hausse du budget alloué à la défense, dans un contexte de tensions persistantes avec la Russie. La Lettonie a ainsi activé la clause dérogatoire nationale du Pacte de stabilité et de croissance afin de financer ces dépenses militaires, projetées à hauteur de 4,1% et 5,5% du PIB en 2026 et 2027. En juin 2026, la Lettonie a signé un accord de prêt de défense de 3,5 milliards dans le cadre du programme SAFE (Security Action for Europe) de l’Union Européenne.
La maîtrise du déficit est importante du fait du cout budgétaire du vieillissement et du besoin de financement du système de santé. Le ratio de d’endettement public est prévu à la hausse dans les prochaines années. Les recettes peinent à suivre les dépenses croissantes avec un produit fiscal en dessous de la moyenne de l’UE. Une réforme du système fiscal est entrée en vigueur le 1er janvier 2026, permettant notamment d’augmenter les recettes de l’Etat. Cette réforme porte principalement sur un allègement du poids de l’impôt pour les faibles et moyens revenus et un alourdissement pour les autres, ainsi que l’introduction d’une surtaxe de 3 % sur tous les revenus supérieurs à 200 000 € par an (salaires, dividendes, revenus du capital et autres).
Le déficit du compte courant va se creuser en 2026. La Lettonie étant une importatrice nette de pétrole, il se dégrade sous l’effet de la hausse du coût mondial de l’énergie. Projetée autour de 0,7%, la hausse des exportations reste modérée en 2026, avec une reprise en 2027 autour de 2.7%, principalement articulée autour du compétitif secteur du bois, ainsi que des produits alimentaires et pharmaceutiques. La balance des services est, quant à elle, toujours excédentaire, portée principalement par le secteur de la logistique, de l’informatique et des transports.
Un nouveau gouvernement sur fond de tensions avec la Russie
Les relations diplomatiques avec la Russie risquent de rester tendues à l’horizon 2030. En 2026, plusieurs drones ont été repérés dans l’espace aérien letton. La hausse des dépenses militaires répond à l’enchérissement attendu des attaques hybrides russes. La Lettonie a notamment renforcé son dispositif sécuritaire autour d’un barrage hydroélectrique près de Riga face à la menace d’attaques contre les infrastructures critiques de la région.
La menace russe impacte également la politique intérieure. Le 10 mai 2026, la première ministre Evika Silina a limogé son ministre de la Défense, après le crash d’un drone sur une installation de stockage de carburant. La cheffe du gouvernement, a remis sa démission peu de temps après, à la suite de la défection du parti de ce ministre. Le 28 mai, le Parlement a validé la formation d'un nouveau gouvernement de coalition, toujours de centre droit et nationaliste, dirigé par le centriste Andris Kulbergs de Liste unie. Le 3 octobre, le parti de centre droit Liste Unie du Premier ministre est arrivé en tête des élections législatives. Avec 35,3 % des voix et 42 députés, le parti de Kulbergs est bien placé pour mener les négociations de coalition. Il pourrait obtenir une majorité parlementaire avec l'Alliance nationale nationaliste ou le parti centriste de la Nouvelle Unité. Ces partis partagent le maintien du soutien à l’Ukraine, la réduction de l’influence culturelle russe, ainsi que l’alignement sur les politiques de l’OTAN et de l’Union Européenne. Les élections législatives ont été également marquées par des gains pour les partis populistes, renforcés par le soutien de la minorité russophone (qui représente 1/3 de population et dont la représentation est largement exclue du jeu politique).

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