Croissance économique soutenue, mais sous emprise étatique
La croissance économique devrait rester robuste en 2025 et 2026, malgré un léger ralentissement. Cette résilience trouve son l’origine dans l’ampleur des réformes structurelles engagées depuis 2017, qui ont profondément transformé le modèle économique du pays. En moyenne, le PIB réel a progressé de 5,3% par an, sur la période 2017-2024. L’Etat prévoit encore une augmentation significative de ses investissements avec la modernisation des aéroports, le développement de zones économiques spéciales, et la construction d’un centre de données durable de 3 milliards USD. Toutefois, la forte empreinte de l’Etat dans l’économie, via les entreprises publiques et les banques commerciales étatiques, qui détiennent encore 65% des actifs bancaires, freine la concurrence et limite l’émergence d’un secteur privé pleinement compétitif. D’un côté, certaines privatisations ont été engagées (Ipoteka, Agroexportbank, Poytakht), mais, de l’autre, les mécanismes de prêts préférentiels restent largement utilisés (24,1% des prêts en 2024), ce qui entrave l’allocation optimale du capital. Dans le privé, les investissements étrangers sont en hausse, soutenus par les réformes économiques et l’amélioration du climat des affaires. Des projets majeurs ont été conclus en 2025, notamment un parc éolien de 2,4 milliards USD en partenariat avec ACWA Power, et une usine de véhicules électriques issue de la collaboration entre BYD et UzAuto Motors. Parallèlement, la consommation des ménages reste vigoureuse, soutenue par la hausse continue des salaires réels, et les transferts de fonds importants de la Diaspora (10% du PIB en 2024), notamment depuis la Russie. Le revenu des ménages, en forte progression, a contribué à une réduction significative du taux de pauvreté, passé de 20,7% en 2024 à 16,6% en 2025. De plus, la dynamique de création d’emplois s’est renforcée, avec une croissance annuelle de l’emploi estimée à 1,7%, supérieure à celle de la population en âge de travailler, évaluée à 1% par an.
Côté offre, les services sont le principal moteur de la croissance, représentant environ 45% du PIB, avec une progression de 13% en 2024, portée par l’hôtellerie, la restauration, les transports et les services logistiques. L’industrie (32% du PIB), dominée par les activités pétro gazières, chimiques, textiles et automobiles, affiche une croissance soutenue grâce à la demande en matériaux de construction et en produits manufacturés. L’agriculture (coton, fruits, légumes, riz, élevage), représente environ 18% du PIB et emploie 14% de la population active, bien qu’elle ait connu un ralentissement en 2024 (croissance de 3,6% contre 4,1% l’année précédente). Le secteur minier, centré sur l’or, le cuivre et le charbon, reste stratégique, tandis que la croissance du sous-secteur pétrolier et gazier est limitée par l’épuisement des réserves.
L’inflation devrait poursuivre sa trajectoire descendante, mais reste encore élevée, principalement en raison de la hausse des tarifs des services publics et des transports. C’est la conséquence de la réduction progressive des subventions sur les carburants et de la réforme des tarifs de l’électricité, engagées en 2024 pour refléter les coûts réels de production et rationaliser les dépenses publiques. Ces mesures s’accompagnent de la suppression progressive de certaines exemptions fiscales, notamment sur la TVA. Pour atténuer l’impact de l’augmentation des tarifs de l’énergie sur les ménages vulnérables, le gouvernement prévoit de leur verser, en novembre 2025, une aide directe de 1 million de soums (environ 80 USD) par foyer. Malgré ces ajustements tarifaires, l’inflation devrait continuer de reculer grâce à la politique monétaire stricte, au resserrage budgétaire et à la baisse attendue des coûts de transport. La Banque centrale vise un taux d’inflation de 5% d’ici fin 2027 mais cette convergence est incertaine. La faiblesse persistante du som, qui renchérit les importations, la croissance rapide de la demande intérieure portée par la hausse des revenus et l’expansion démographique, ainsi que les rigidités dans certains secteurs comme l’énergie et les transports exercent une pression durable sur l’inflation sous-jacente.
Une politique économique prudente
La politique monétaire demeure restrictive afin de contenir les tensions inflationnistes. En mars 2025, la banque centrale (CBU) a relevé son taux directeur de 0,5 point, à 14%. Toutefois, l’efficacité est limitée par la faible intermédiation financière. La CBU continue d’opérer un régime de flottement accompagné du taux de change, afin d’éviter la réapparition d’un marché parallèle du dollar. Toutefois, elle peine à contenir sa volatilité face au rouble russe, fortement influencée par les sanctions internationales et la guerre en Ukraine.
Sur le plan budgétaire, contrepartie de déficits modestes, la dette publique reste modérée, avec une structure relativement favorable : une part importante est extérieure (près de 60%) et libellée en devises étrangères, mais elle est majoritairement concessionnelle et concentrée chez des créanciers officiels. Afin de réduire le déficit, les autorités cherchent d’abord à diminuer les largesses salariales et sociales de ces dernières années, puis à intensifier leurs efforts pour lutter contre le secteur informel, afin d’améliorer la collecte fiscale.
Le déficit du compte courant devrait se maintenir à un niveau significatif, reflétant la forte dépendance aux importations de biens d’équipement, intermédiaires et finis. L’or demeure le principal produit d’exportation, représentant 44% des ventes en 2024, suivi du coton (7%), des carburants (6%) et de produits agricoles. Les exportations devraient continuer de croître en 2026, soutenues par une légère hausse des prix du coton et une forte demande d’or. Le tarif douanier de 10% annoncé par les Etats-Unis, en avril 2025, ne devrait avoir qu’un impact limité, compte tenu de la faible exposition au marché américain, mais le pays pourrait être affecté indirectement via un ralentissement de la demande chez ses partenaires commerciaux. Par ailleurs, de forts soupçons persistent quant à l’implication de l’Ouzbékistan dans le contournement des sanctions contre la Russie via la réexportation de produits occidentaux. Enfin, les remises des travailleurs migrants, bien qu’importantes, ne suffisent pas à équilibrer le compte courant.
Un régime autoritaire sous façade réformiste
La politique intérieure reste marquée par une forte concentration du pouvoir chez le président Shavkat Mirziyoyev, réélu en juillet 2023, après une réforme constitutionnelle qui prolonge son mandat à sept ans et lui permet de se représenter en 2030. En 2024, les élections parlementaires ont renforcé la majorité du Parti libéral-démocrate, le parti présidentiel. Malgré une rhétorique d’ouverture et de réforme, le régime demeure autoritaire, sans opposition réelle ni presse indépendante, et la société civile reste fortement réprimée. La nomination de Saida Mirziyoyeva, fille ainée du président, à la tête de l’administration présidentielle, alimente les spéculations sur une succession dynastique.
L’Ouzbékistan intensifie ses efforts pour diversifier ses partenariats internationaux. Le pays progresse dans son processus d’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec 23 accords bilatéraux déjà conclus et 10 toujours en négociation et vise une adhésion entière d’ici 2026. Cette démarche s’accompagne d’un rapprochement avec l’UE, comme en témoigne le sommet UE-Asie centrale organisé à Samarcande en avril 2025, au cours duquel un plan d’investissement européen de 12 milliards d’euros a été annoncé, dans le cadre de sa stratégie Global Gateway. L’Ouzbékistan bénéficie d’une attention particulière, avec l’ouverture d’un bureau régional de la Banque européenne d’investissement à Tachkent. Par ailleurs, la déclaration conjointe de mars 2025 avec le Kirghizistan et le Tadjikistan a mis fin à leurs différends frontaliers. Parallèlement, les relations avec la Russie restent essentielles, notamment dans le domaine énergétique (importation de gaz). Un accord signé fin 2024 prévoit la construction de six réacteurs nucléaires russes d’ici 2029. Des exercices militaires conjoints (Hamkorlik-2025) illustrent également la coopération sécuritaire entre les deux pays. La Chine demeure un partenaire économique majeur. Enfin, l’Ouzbékistan poursuit une diplomatie d’équilibre, visant à préserver sa souveraineté tout en maximisant les opportunités économiques offertes par ses partenaires occidentaux, sans rompre ses liens stratégiques avec la Russie et la Chine.

Russie (Fédération de)
Chine
Turquie
Kazakhstan
Europe
Corée du Sud







