Une croissance robuste tirée par le boom touristique, la consommation privée, et l’investissement
Malgré les vents capricieux au niveau international et une légère décélération, la croissance chypriote restera robuste et bien au-dessus de la moyenne européenne en 2026. Elle sera une nouvelle fois principalement soutenue par la consommation des ménages dont le pouvoir d’achat continuera de s’améliorer grâce à l’amélioration de leurs revenus réels, stimulée par le marché du travail favorable. Le taux de chômage conserve une trajectoire descendante et a atteint 4,1% au T3 2025, son plus bas niveau depuis la crise financière après avoir avoisiné 18% en 2015. La consommation bénéficiera aussi de la prolongation de l’exemption de TVA sur les produits de première nécessité jusqu’à fin 2026 malgré l’absence d’inflation en 2025. Le gouvernement a aussi réduit la TVA sur l’électricité domestique en avril 2025 de 19% à 9% pour une durée d’un an. De plus, l’économie continuera d’être portée par le tourisme (14% du PIB en 2019) qui ne cesse d’afficher des performances records. En 2025, les arrivées internationales ont augmenté de 12% par rapport à 2024, et sont 14% au-dessus des niveaux prépandémiques. Le pays insulaire a donc réussi à surmonter la perte du marché russe (20% des arrivées en 2019) grâce à l'augmentation du nombre de visiteurs en provenance d'Europe occidentale (principalement du Royaume-Uni, de Pologne et d’Allemagne) ainsi que d’Israël. Les revenus touristiques ont, quant à eux, augmenté de 15% entre janvier et novembre 2025 par rapport à la même période en 2024. D’autre part, les secteurs des services professionnels et financiers dépendent fortement des filiales locales de sociétés russes exposées aux sanctions.
Avec l'assouplissement des conditions financières, les perspectives devraient s’éclaircir pour l'investissement, mais cela sera très progressif. Il devrait notamment être alimenté par l’augmentation de la construction, tirée par les IDE et le programme de « résidence par investissement », avec de nombreux projets de grande envergure dépassant les 8 milliards d’euro d’après l'Association des Grands Projets d'Investissement (infrastructures, nouvelles marinas, propriétés commerciales et résidentielles tirée par la demande locale et internationale…). Par contre, bien que le pays bénéficie d'une aide européenne substantielle sous la forme de fonds NGEU (5% du PIB de 2019), le calendrier de décaissement de ces fonds a été ralenti par l'incapacité à mettre en œuvre les réformes à temps. Au début de 2026, Chypre avait reçu seulement 43% des 1,2 milliard d’euros de ces fonds de relance approuvés (1 milliard d’euros de subventions et 200 millions d’euros de prêts). L’échéance des demandes de financement du plan de relance européen en août 2026 pourrait accélérer les décaissements et l’utilisation des fonds.
Une trajectoire budgétaire solide mais un déficit commercial élevé
La conjonction de la forte croissance du PIB nominal et des excédents budgétaires successifs continuera de se traduire par une diminution du ratio de la dette. Cette trajectoire descendante l’a déjà fait passer dès 2025 sous le seuil des 60% du PIB fixé par les règles budgétaires européennes. Malgré le maintien de réductions de TVA et une augmentation de 5% des dépenses primaires, avec notamment une hausse des dépenses sociales, le budget restera excédentaire grâce à une conjoncture solide. Les recettes resteront soutenues par le tourisme, le marché du travail serré conduisant à des hausses salariales, et une consommation robuste. Avec un besoin de financement gérable (estimé à 3% du PIB par an), des réserves de liquidités confortables représentant 11% du PIB, et plus des deux tiers de l'encours de la dette à taux d'intérêt fixe, le risque souverain est raisonnablement contenu. La santé du système bancaire, même s'il porte encore quelques cicatrices de la crise de la zone euro, est également sur une trajectoire positive. Cela vaut pour l'actif, où le ratio de NPL a atteint 4,2% en octobre 2025, ainsi que pour le passif, avec un ratio de capital CET 1 de 26,1%.
Le déficit de la balance courante restera important à cause de ceux des échanges de biens et des revenus primaires. En effet, la dépendance du pays aux importations, exacerbée par la forte demande domestique, tant en termes de consommation que d’investissement, se traduit par un déficit commercial des biens massif (équivalent à 24% du PIB en 2024). De plus, la prospérité des entreprises étrangères de service, toujours plus nombreuses sur l’île, génère un rapatriement accru de bénéfices à l’origine de l’important déficit des revenus (9%). La contrepartie, partielle, se situe dans l’excédent des services (24%) qui se confirmera du fait de la robustesse des exportations de prestations, notamment touristiques, financières et informatiques. Néanmoins, le déficit courant devrait se réduire progressivement en lien avec la modération des prix des produits de base, la normalisation de la rentabilité des établissements financiers étrangers et un excédent croissant dans les services. De plus, ce déficit courant n'est pas trop préoccupant, car il est principalement financé par l’entrée d’investissements directs étrangers (12% du PIB en 2024), notamment fonciers, en partie financés par le réinvestissement de bénéfices. Par ailleurs, l’activité des nombreuses entités à vocation spéciale domiciliées à Chypre, notamment dans le transport maritime et la finance, altère les statistiques extérieures par leurs investissements (navires, licences…) majoritairement financés par des engagements étrangers. Ces entités, avec peu de lien avec l’économie domestique, sont pour l’essentiel, exclues de notre analyse.
Un paysage politique fragmenté et des tensions persistantes avec la Turquie
D’après les sondages (janvier 2026), les élections législatives de mai 2026 devraient confirmer la division parlementaire. La fragmentation politique s’est déjà accentuée lors des élections européennes de juin 2024 où les deux principaux partis soutenant le gouvernement – le Parti démocrate centriste (Diko) et le Mouvement des sociaux-démocrates de centre-gauche (Edek) – ont obtenu de mauvais résultats avec seulement 15% des voix à eux deux. Depuis son élection, en février 2023, le président Níkos Christodoulídes, un indépendant, est contraint de gouverner avec un gouvernement minoritaire au parlement (17 sièges sur 56). Alors que la législation est adoptée au cas par cas par des majorités de circonstance, les résultats risquent de rendre le processus encore plus difficile. En proie à ces problèmes de gouvernance, Chypre a tardé à tirer parti des fonds de l'UE en raison de retards dans la mise en œuvre des objectifs de réforme (collecte des impôts, énergie, santé, éducation et infrastructures de transport) nécessaires pour accéder à la part qui lui est allouée. De plus, cela complique davantage l’élaboration d’un consensus politique autour de la division de l’île.
L'île de Chypre est divisée entre la République de Chypre (RC), alliée à la Grèce et membre de la Zone euro, qui contrôle la moitié sud de l'île, et la République turque de Chypre du Nord (RTNC), qui n'est reconnue que par la Turquie. Alors qu'un cessez-le-feu existe depuis 1974 via l’instauration d’une ligne verte avec la présence des forces de l’ONU, les tensions persistent entre la Grèce, Chypre et l'UE, d'une part, et la Turquie, d'autre part. Les revendications maritimes de la Turquie et de la RTCN en Méditerranée orientale, comprenant l’exploration d’importants gisements de gaz, sont un point de tension crucial. Depuis 2018, la Turquie a envoyé à plusieurs reprises des navires d'exploration escortés par des navires militaires dans les eaux contestées. La république de Chypre reste un membre clé de l'EastMed Gas Forum, une alliance avec l'Égypte, la Grèce, Israël, l'Italie, la Jordanie et la Palestine, visant à favoriser une industrie gazière régionale. Chypre pourrait profiter de sa présidence au Conseil de l’UE durant le premier semestre 2026 pour inviter le président turc à un Conseil informel qui se tiendra à Chypre en avril 2026. La voie vers une solution durable reste peu probable à l'heure actuelle. La République de Chypre et l’UE souhaitent une fédération, alors que le président turc souhaite deux états. En l’espèce, même si le président actuel de la RTNC serait d’accord pour une fédération, la Turquie s’y opposerait.

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