Croissance forte portée par les exportations et les investissements
La croissance restera forte en 2026, portée, notamment, par les exportations d’or et les investissements. De nouvelles mines devraient commencer à produire entre fin 2026 et 2028. Elles sont réparties sur l’ensemble du territoire, l’économie minière tanzanienne ayant la particularité de reposer sur un vaste réseau de petites mines et de profiter d’un sous-sol riche et diversifié. Si l’or représente 80% de l’extraction, suivi par le charbon (6%) – consommé pour la production d’électricité ou exporté – des gisements importants de graphite, cuivre, nickel, lithium et cobalt commencent à être exploités, à l’image des mines graphitiques de Nachu et Ruangwa (sud-est). Ces projets, très attractifs pour les investissements étrangers (Australie, Canada, Royaume-Uni), sont soutenus par le gouvernement via la simplification de l’octroi des licences d’exploitation (2024), l’exonération des droits de douane sur les équipements, et un budget généreux pour le ministère des minéraux. En contrepartie, l’Etat bénéficie de 16 % de participation gratuite et insoluble dans toute société titulaire d’une licence, qui doit aussi réserver une part de sa production aux industries locales de transformation.
Pour faciliter le transport de ces ressources, attirer davantage d’investisseurs et renforcer son rôle de hub régional, la Tanzanie développe ses infrastructures ferroviaires en direction du Burundi (projet SGR), de la Zambie (avec la réhabilitation du TAZARA), et à l’intérieur du territoire national, de Dar-es-Salam à Mwanza (au nord, sur les bords du lac Victoria) et à Kigoma (à l’ouest, sur les bords du lac Tanganyika) ; routières avec l’autoroute Tanga–Arusha–Musoma (600 km) reliant le port de Tanga (nord-est) au lac Victoria (nord-ouest) ; portuaires, avec le port de Bagamoyo, destiné à devenir le plus grand d’Afrique de l’Est, financé par la Chine (80%) et Oman (20%) et la modernisation des ports de Zanzibar (archipel semi-autonome) et Dar-es-Salam (construction de deux nouveaux quais) ; et énergétiques, avec l’annonce, début 2025, d’un ambitieux plan quinquennal pour l’extension du réseau électrique, et le développement de centrales solaires, éoliennes et hydroélectriques – plan financé par le gouvernement et, pour un tiers, par des partenaires multilatéraux et des banques de développement. Enfin, l’Oléoduc d’Afrique de l’Est, financé par Total Energies (62%), les compagnies nationales énergétiques de Tanzanie et d’Ouganda (30%) et la CNOOC (8%, Chine), pourrait être terminé en 2026, après près de 10 ans de travaux.
Enfin, la consommation privée croitra modestement en lien avec le développement du tourisme et une légère amélioration des rendements agricoles (café, tabac, noix de cajou…), rendue possible par l’usage accru d’engrais, malgré les risques climatiques et l’inflation alimentaire en hausse, facteurs limitant la hausse du pouvoir d’achat des ménages. Le taux directeur pourrait être légèrement abaissé dans les mois à venir, si les prix des carburants continuent de baisser, mais restera certainement au-delà des 5%, pour que l’inflation reste contenue.
Maintien de la stabilité budgétaire et renforcement de l’attractivité pour les IDE
L’année fiscale 2025 (1er juillet 2024 - 30 juin 2025) s’est conclue sur un déficit public plus large qu’initialement ciblé, mais qui demeure modéré. Un amendement avait été adopté en février 2025 pour augmenter les dépenses pour l’éducation, l’adaptation au changement climatique, la santé – fortement touchée par la fin du programme d’aide américain (USAID) – et pour régler des arriérés liés aux constructions d’infrastructures ; mais elles ont encore enflé, dès mars, reflétant l’accélération des projets d’investissement. Les objectifs du programme de la Facilité élargie de crédit du FMI ont été revus à la baisse en conséquence. Etendu pour 6 mois supplémentaires grâce à la mise en place effective de réformes structurelles ( transparence accrue de la politique monétaire et des dépenses publiques, réduction du stock d’arriérés), il devrait s’achever en mai 2026.
Le déficit devrait légèrement se réduire durant l’année fiscale 2026. Les dépenses continueront à augmenter en conséquence de la revalorisation des salaires des fonctionnaires, de la hausse du service de la dette, de l’organisation des élections présidentielles (octobre 2025), et des investissements publics dans les infrastructures énergétiques, logistiques et sportives – avec le stade d’Arusha (nord-est) qui accueillera la CAN 2027. Cela serait compensé par la hausse des recettes de l’impôt sur les sociétés, l’élargissement de l’assiette de la TVA aux achats en ligne, l’augmentation des droits de douane sur l’importation de meubles, glaces et cigarettes électroniques, et l’exportation de contreplaqué, ainsi que l’instauration d’une taxe touristique. Le ratio dette/PIB devrait donc rester à un niveau modéré. La dette tanzanienne est détenue à 85% par des créanciers domestiques (40%) ou multilatéraux, (45%) à des taux concessionnels. Le solde est détenu par des banques publiques étrangères spécialisées dans le soutien à l’exportation (Chine, Inde, Corée du Sud).
Le déficit courant devrait rester modéré en 2026, les exportations et importations – dont une part importante s’explique par les projets de construction – croissant au même rythme. Ce déficit est financé par les excédents du compte de capital, dégagés grâce aux subventions affectées aux projets d’investissement provenant d’institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale) ; et du compte financier, enregistrant un volume croissant d’IDE et de prêts projet. Les réserves de devises demeureront stables, juste en-deçà des 4 mois d’importation. Dans le cadre du flottement accompagné du shilling, la banque centrale pourrait intervenir à nouveau pour limiter sa volatilité, et empêcher sa dépréciation.
Réélection de Samia Suluhu le 29 octobre 2025 entraine l’ire populaire
La mort du président Magufuli en 2021, l’année suivant sa réélection contestée, a conduit au pouvoir sa vice-présidente, Samia Suluhu. Initialement perçue comme favorable à une plus grande ouverture démocratique – notamment avec la réouverture des médias interdits par son prédécesseur et la levée de l’interdiction des rassemblements politiques pour les partis d’opposition –, la présidente a finalement renoué avec la censure politique et le dévoiement de la justice pour museler l’opposition, à l’image de Tundu Lissu, principal opposant incarcéré en février 2025 pour trahison – risquant la peine de mort. La réélection de la présidente Suluhu en octobre 2025 (97,66 % des voix) s’est soldée par de violents affrontements entre policiers et manifestants, faisant des centaines de victimes civiles. Elle perpétue la série de victoires électorales du Parti de la révolution, (Chama cha Mapinduzi, CCM) jamais interrompue depuis l’instauration du multipartisme en 1992.
Bien que la Tanzanie entretienne de bonnes relations avec l’Occident – particulièrement avec ses partenaires du Commonwealth, le Canada et l’Australie étant des partenaires majeurs dans le secteur minier – elle est davantage tournée vers l’Asie. Ses liens avec la Chine sont historiquement étroits depuis l’indépendance en 1964, aussi bien sur le plan diplomatique qu’économique : Pékin finance des projets majeurs tels que la modernisation du chemin de fer TAZARA, la construction du port de Bagamoyo, ou des centrales hydroélectriques et infrastructures routières. L’Inde – avec laquelle un accord de coopération militaire a été signé en 2023 – et les EAU sont des aussi des partenaires importants : ils sont les premiers débouchés des exportations tanzaniennes et des investisseurs majeurs, notamment dans l’extension du port de Dar-es-Salam. Enfin, la Tanzanie s’est récemment rapprochée de la Russie, qui investit dans l’extraction et le traitement de l’uranium. La construction de la première usine dédiée à cet usage devrait débuter en 2026.
Du point de vue régional, la Tanzanie cherche à renforcer son rôle de hub pour tous les pays du sud-est de l’Afrique. Elle est membre fondateur de la Communauté d’Afrique de l’Est, zone de libre circulation pour les biens, les personnes et les capitaux, qui promeut l’intégration économique et politique entre ses huit membres Cette volonté d’ouverture est cependant ternie par l’interdiction pour les étrangers d’exploiter un petit commerce dans 15 secteurs d’activité, fin juillet 2025. La Tanzanie fait aussi partie de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui regroupe 16 pays et vise à promouvoir la coopération économique, la stabilité politique et la sécurité régionale. Elle est intervenue militairement, dans ce cadre, en soutien au gouvernement congolais face au groupe M23 ; et collabore étroitement avec le gouvernement mozambicain pour la sécurité dans la province frontalière du Cabo Delgado, sous l’égide d’un accord bilatéral. Les pays limitrophes enclavés (Ouganda, Rwanda, Burundi, Zambie et Malawi) emprunte le port de Dar es Salam, bien que le port de Mombasa (Kenya) demeure le débouché principal de la région.

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