Biélorussie

Europe

PIB / Habitant ($)
7 821,9 $
Population (en 2021)
9,2 Millions

Evaluation

Risque Pays
D
Climat des affaires
D
Précédemment
D
Précédemment
D

suggestions

Résumé

Points forts

  • Membre de l'Union économique eurasiatique
  • Main-d'œuvre relativement bien formée et qualifiée
  • Grands secteurs industriels (24 % du PIB en 2024) et agricoles (8 % du PIB)
  • Peu d'inégalités et la pauvreté est rare
  • Majeur producteur de potasse (20% de la production mondiale)

Points faibles

  • Très forte et croissante dépendance économique (énergétique, commerciale et financière), politique et sécuritaire vis-à-vis de la Russie
  • Faible diversification géographique et sectorielle des exportations (90% liées à la Russie)
  • Rôle massif de l’Etat dans l'économie (la moitié de la valeur ajoutée totale, 2/3 de l'emploi total) s’accompagnant d’un manque de compétitivité
  • Mauvaise gouvernance (dictature, corruption élevée, système juridique faible, rigidité institutionnelle)
  • Politique monétaire non indépendante, la banque centrale rapporte directement au président
  • Faiblesse des réserves de change
  • Diminution de la population active, surtout liée à l’émigration des jeunes
  • Sanctions de l’Union Européenne touchant plusieurs secteurs clés et personnalités
  • Déclin du secteur innovant informatique biélorusse, avec le départ des entreprises et des employés (3,8% du PIB en 2024, contre 7,3% en 2021)
  • Faible disponibilité et manque de fiabilité des données statistiques depuis de le début de la guerre en Ukraine

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Russie (Fédération de)
64%
Chine
6%
Europe
6%
Émirats arabes unis
5%
Kazakhstan
3%

Import des biens en % du total

Russie (Fédération de) 67 %
67%
Chine 9 %
9%
Europe 9 %
9%
Pologne 3 %
3%
Turquie 2 %
2%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

Une croissance contrainte par les sanctions occidentales

Malgré l’insuffisance des données économiques, on peut estimer que la croissance restera bridée en 2026 et 2027. L’économie continuera d’être profondément affectée par les sanctions occidentales, qui pèsent sur les échanges commerciaux, l’investissement et l’accès aux technologies étrangères. L’Union européenne a mis en place un ensemble de sanctions contre la Biélorussie visant à punir à la fois les violations des droits humains et son soutien à l’agression russe contre l’Ukraine : ces mesures incluent des gels d’avoir et des interdictions de voyage pour de nombreux responsables et entités liés au régime, ainsi que des embargos sur les armes, les équipements de répression et les technologies sensibles à double usage. Depuis 2022, elles ont été fortement renforcées avec des restrictions financières (banques, accès à SWIFT), commerciales (exportations et importations de secteurs clés comme la potasse, le bois, l’acier ou les hydrocarbures), et des limitations sur les services (conseil, informatique, ingénierie). Elles comprennent aussi des interdictions dans les transports (aérien et routier) et des mesures anti-contournement. L’objectif global est de réduire les ressources économiques du régime, limiter ses capacités industrielles et militaires, et accroître la pression politique en réponse à la répression interne et au soutien apporté à la Russie.

L’activité restera fortement dépendante de la Russie, de loin la principale partenaire commerciale (70% des échanges), financière (50% de la dette publique) et énergétique (99% du gaz et 90% du pétrole) du pays. La Russie continuera de financer le développement de nouvelles capacités industrielles et l’extension des installations existantes dans plusieurs secteurs manufacturiers stratégiques (automobile, machinisme agricole, chimie), soutenant ainsi le programme de substitution aux importations mis en place par les autorités. Toutefois, le ralentissement de l’économie russe, attendu en 2026 et 2027, pèsera directement sur la croissance biélorusse à travers les exportations.

La consommation privée (70 % du PIB) restera le principal moteur de l’activité grâce au marché du travail toujours très favorable, caractérisé par le taux de chômage historiquement bas (2,3 % en mars 2026) et la croissance robuste des salaires nominaux (+12,5 % en glissement annuel en avril 2026), particulièrement dans le secteur public au poids prépondérant dans l’économie. La hausse des retraites (+10 % en février 2026) continuera également de soutenir le pouvoir d’achat des ménages. L’inflation s’est atténuée en début d’année (5,5 % en glissement annuel en avril 2026) grâce au ralentissement des prix alimentaires, mais devrait réaccélérer sous l’effet de la hausse des coûts d’importation et des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient. Reflétant ces pressions, les autorités ont relevé leur objectif d’inflation à 7 % pour 2026, contre 5 % en 2025. L’investissement privé restera fortement contraint, à la fois, par l’interventionnisme étatique et le climat des affaires peu attractif, avec le niveau élevé de corruption. Le crédit restera dirigé et la politique monétaire, neutre, privilégiée par l’exécutif. Les investissements directs étrangers devraient demeurer à un niveau historiquement faible, inférieur d’environ 50 % à celui observé avant la guerre, limitant les gains de productivité et la modernisation de l’appareil productif. Dans ce contexte, l’objectif gouvernemental de croissance de 2,8 % en 2026 apparaît difficilement atteignable : elle devrait se situer bien en dessous.

Les déficits jumeaux resteront financés par la Russie

La visibilité sur les finances publiques reste limitée depuis l’arrêt de la publication des documents budgétaires officiels en 2022, remplacés par des déclarations ponctuelles et parfois contradictoires du ministère des Finances. Néanmoins, le déficit budgétaire devrait persister en 2026 et en 2027. Le budget 2026 prévoit une hausse des recettes de 12,4 %, principalement grâce à des taxes ciblant certains secteurs (principalement l’énergie et l’agriculture) et à l’augmentation de la fiscalité sur les jeux d’argent, tandis que la fiscalité pesant sur la majorité des ménages demeure inchangée. Toutefois, ces recettes supplémentaires devraient être insuffisantes pour compenser les dépenses élevées liées aux salaires du secteur public, aux retraites, aux prestations sociales et au soutien des entreprises publiques affectées par les sanctions occidentales. Par ailleurs, si aucune augmentation significative des dépenses militaires n’apparaît officiellement dans le budget, l’approfondissement de la coopération militaire avec la Russie laisse présager des dépenses additionnelles hors budget, susceptibles d’alourdir davantage le déficit.

Le compte courant, à l’image de son volet commercial, devrait aussi rester déficitaire en 2026 et 2027. La faiblesse du rouble biélorusse (malgré une appréciation depuis 2025), continuera de peser sur les échanges extérieurs. Face aux sanctions occidentales, la Biélorussie a accéléré la réorientation de son commerce vers la Russie, qui absorbe désormais plus de la moitié des exportations du pays et fournit près des trois quarts de ses importations. Cette dépendance croissante réduit la diversité des débouchés extérieurs et accroît la vulnérabilité à un ralentissement de l’activité russe. Les exportations de produits pétroliers raffinés et autres, qu’elles soient ou non destinées à a Russie, continueront de transiter via cette dernière, tandis que les importations de biens intermédiaires et d’énergie resteront fortement concentrées sur ce partenaire. Enfin, malgré la levée des sanctions américaines sur la potasse biélorusse (20% de la production mondiale), les restrictions logistiques liés au maintien des sanctions européennes continueront de limiter le potentiel d’amélioration durable des comptes extérieurs. Le déficit courant est surtout financé par le réinvestissement des revenus générés par les investissements russes dans le pays. Les efforts pour établir des partenariats commerciaux en Afrique subsaharienne et en Amérique du Sud, afin d’alléger la dépendance à la Russie, devraient produire des résultats limités, compte tenu des coûts logistiques et de la complexité de l’établissement de nouvelles routes commerciales vers des destinations aussi éloignées.

Régime autoritaire ancré dans l’orbite russe

La réélection du président Alexandre Loukachenko pour la 7eme fois consécutive, en janvier 2025, avec 87 % des voix, a confirmé la solidité du régime au pouvoir depuis 1994. Une nouvelle fois, les élections ont été considérées ni libres ni équitables, dans un contexte marqué par l’interdiction des médias indépendants, l’exil de l’opposition et la poursuite de la répression politique. Les manifestations de 2020, qui avaient représenté la principale menace pour le régime depuis l’indépendance, ont conduit au durcissement durable du contrôle politique. Les amendements constitutionnels adoptés ces dernières années ont renforcé les prérogatives du pouvoir et permettent au président de conserver une influence déterminante sur la vie politique, y compris dans l’hypothèse où il ne souhaiterait pas conserver son poste. Malgré plusieurs centaines de libérations de prisonniers politiques depuis 2025 à la suite de négociations avec les États-Unis, aucune libéralisation politique significative n’est attendue. Le pouvoir devrait continuer à privilégier la stabilité du régime, le contrôle de la société civile et la limitation de toute forme de contestation politique.

La guerre en Ukraine continuera de structurer l’environnement géopolitique du pays en 2026 et 2027. Sans participer directement aux combats, la Biélorussie demeurera un allié stratégique majeur de la Russie, en mettant son territoire, sa capacite de raffinage, son industrie, ses infrastructures et ses capacités logistiques à disposition de Moscou. Leurs liens devraient continuer de se renforcer dans le cadre de l’État de l’Union, un projet lancé à la fin des années 1990 visant à approfondir leur intégration politique, économique, militaire et réglementaire. Longtemps resté largement symbolique, ce projet a gagné en importance depuis 2020. Les deux pays poursuivront ainsi la mise en œuvre de plusieurs programmes d’intégration couvrant notamment l’énergie, l’industrie, les transports, la fiscalité et la défense. Toutefois, M. Loukachenko devrait continuer à éviter toute implication militaire directe en Ukraine, une telle décision étant susceptible d’alimenter des tensions internes dans un pays où le soutien populaire à la guerre reste faible. Si des discussions menées, depuis 2025, entre émissaire américain et Loukachenko ont conduit à des allégements ciblés des sanctions américaines en échange de la libération de prisonniers politiques, les sanctions de l’UE restent en place (interdiction d’utiliser l’espace aérien et le réseau routier de l’Union). Les autorités continueront ainsi de privilégier le développement de leurs relations avec la Russie et d’autres partenaires non occidentaux tels que des pays d’Afrique ou la Corée du Nord afin de réduire leur isolement à la fois diplomatique et économique.

Dernière mise à jour : juin 2026