Malawi

Afrique

PIB / Habitant ($)
557,6 $
Population (en 2021)
22,7 Millions

Evaluation

Risque Pays
D
Climat des affaires
D
Précédemment
D
Précédemment
D

suggestions

Résumé

Points forts

  • Ressources naturelles exploitées (tabac, thé, soja, arachide, sucre, maïs) et potentielles (uranium, niobium, rutile, graphite, cacao, banane et huile de palme)
  • Société civile active
  • Relative stabilité institutionnelle
  • Main d’œuvre potentielle abondante

Points faibles

  • Croissance structurellement faible (2,8 % en moyenne depuis 2015), économie dominée par l’agriculture de subsistance peu productive et vulnérable aux aléas climatiques
  • Politique économique peu crédible, taux directeurs relativement bas malgré l’inflation, déficits publics élevés, lenteur des réformes
  • Inflation durablement élevée tirée par la hausse des prix alimentaires, la faiblesse du taux de change parallèle et le financement du déficit public par la création monétaire
  • Dette publique insoutenable générant une considérable charge d’intérêts. Défaut sur la dette extérieure bilatérale et commerciale depuis 2022
  • Déficit commercial considérable nourri par la surévaluation de la monnaie et la dépendance aux importations (engrais, carburant, machines, médicaments), entretenant une extrême faiblesse des réserves de change malgré les remises des expatriés et l’aide internationale
  • Déficit d’infrastructure (eau, énergie, transport, éducation, santé) et enclavement géographique ; la production électrique dépend du remplissage des barrages
  • Pauvreté extrême et insécurité alimentaire

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Europe
34%
Angola
10%
Inde
7%
Émirats arabes unis
6%
Afrique du Sud
6%

Import des biens en % du total

Chine 15 %
15%
Afrique du Sud 15 %
15%
Suisse 14 %
14%
Inde 8 %
8%
Tanzanie (République unie de) 8 %
8%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

La croissance morose et la forte inflation entretiennent la pauvreté

La croissance économique devrait rester insuffisante en 2026 et 2027. La démographie restera plus dynamique (+2,6 %) que l’économie, entretenant le déclin du revenu par habitant. L’économie dépend fortement de l’agriculture, qui emploie près de 60% de la population active et génère un quart du PIB, ainsi que 80% des recettes d'exportation. Essentiellement pluviale, peu productive et peu diversifiée (tabac, maïs, thé), elle est vulnérable aux fréquents phénomènes météorologiques extrêmes. Après deux années de sècheresse suivies d’inondations dans le centre du pays depuis janvier 2026, la production agricole devrait repartir à la hausse (+2,5 % en 2026). En revanche, l’augmentation des prix des engrais pourrait affecter la production en 2027. L’extraction minière se développera modestement avec la réouverture de la mine d’uranium de Kayelekera (fermée depuis 2013) en décembre 2025 et la mise en service progressive des mines de Kangankunde (terres rares) et de Kanyika (nobium) d’ici 2028. Toutes trois seront exploitées par des sociétés australiennes. Néanmoins, la contribution de l’activité minière au PIB (1 %) restera durablement limitée, malgré des objectifs gouvernementaux de long terme ambitieux (12 % d’ici 2063). Les difficultés du secteur manufacturier (11 % du PIB) persisteront. Les services (54 % du PIB), avec, notamment, le commerce, le transport, les télécoms et l’immobilier, enregistreront une croissance modeste, parce que les ménages, qui constituent une grande partie de la demande, restent en grande difficulté. En effet, une part importante de la population souffrira encore d’insécurité alimentaire et de la pauvreté (76 % de la population vit avec moins de 3 $ par jour), tandis que le chômage restera massif (19,7 %). L’accès à l’électricité restera faible, du fait du sous-développement du réseau au regard des capacités installées. A moyen terme, le Mpatamanga Hydropower Storage Project (MHSP), projet hydroélectrique de 301 MW encore en phase de financement, pourrait tirer la croissance en renforçant le réseau électrique.

L’inflation, toujours très élevée, a décéléré au deuxième semestre 2025 du fait du ralentissement des prix alimentaires en lien avec d’importantes donations internationales de maïs. Toutefois, cette dynamique pourrait s’enrayer avec l’essor des prix du carburant, importé en totalité. Les prix à la pompe sont administrés depuis 2024, mais l’Autorité de régulation de l’énergie du Malawi (MERA) a annoncé une hausse des prix du diesel de 35 % en avril 2026, après une première hausse en janvier. De plus, la monétisation du déficit budgétaire continuera d’entretenir les tensions inflationnistes. Enfin, la faiblesse des réserves de change peut, d’une part, amener une compression des importations, et, d’autre part, forcer une dévaluation qui renchérirait leur coût. Une parité avec le dollar est, de fait, maintenue depuis 2024, mais une part importante des opérations de change et des importations s’effectue sur le marché parallèle, où le taux est deux à trois fois inférieur. Par conséquent, la baisse progressive des taux amorcée en mars 2026 (-200 bps, à 24 %) pourrait être mise en pause par la banque centrale (RBM). La politique monétaire reste, à la fois, peu efficace, du fait de la faible intermédiation financière, et accommodante, afin de limiter le coût de l’emprunt domestique pour l’Etat.

Une situation financière périlleuse

Pour pallier les récents chocs climatiques, les conséquences inflationnistes de la guerre en Ukraine et la pandémie, le Malawi a adopté une politique budgétaire expansionniste qui a accentué le surendettement. Les déficits (en % du PIB) du Malawi ont été, en moyenne, les deuxièmes plus élevés d’Afrique subsaharienne depuis 2022. Après un déficit public 2025/2026 particulièrement élevé dû au contexte électoral, celui-ci devrait se réduire légèrement. En effet, le budget 2026/2027 prévoit, en valeur réelle, des dépenses stables (32 % du PIB) et une hausse des recettes de 14 %, soutenue par une hausse des entrées fiscales et par un rebond de l’aide internationale. L’ampleur de cette hausse semble néanmoins peu crédible compte tenu de l’évolution des revenus observée ces dernières années (+0,5 % du PIB par an en moyenne). La marge de manœuvre de réduction de la dépense reste contrainte par le service de la dette (43 % des recettes), essentiellement domestique, ainsi que par les obligations statutaires (salaires, pensions). En 2025/2026, seuls 6 % des recettes domestiques étaient ainsi pilotables. Le secteur agricole bénéficiera d’une part importante du budget (6,6 % des dépenses en 25/26), notamment avec le programme de subvention aux engrais, l’Affordable Input Programme (AIP) qui devrait voir son coût augmenter considérablement (0,7 % du PIB en 2025/2026). La décentralisation notable de l’investissement dans les infrastructures (33 % des dépenses d’investissement sont désormais gérés au niveau local via le Constituency Development Fund (CDF), contre 3 % en 2025/2026) pourrait améliorer les réseaux routiers et électriques. Néanmoins, le faible contrôle exercé sur le CDF ces dernières années laisse présager un dérapage de la dépense locale. L’appui budgétaire des bailleurs extérieurs (20 % des recettes, 4 % du PIB), essentiellement la Banque mondiale, restera déterminant. L’aide hors budget, provenant des Etats-Unis et de l’UE, qui représentait 9 % du PIB en 2024, a été réduite en 2025 avec la suppression de l’USAID et l’annulation d’un plan de soutien aux infrastructures (350 millions de dollars) de la Millenium Challenge Corporation. Une partie de l’aide sanitaire a en revanche été rétablie, en janvier 2026, avec l’accord « America First Global Health Strategy agreement» de 792 M USD d’aide sur cinq ans. Les négociations avec le FMI autour d’un nouveau programme financé sont au point mort. Le déficit est financé par la vente de titres à court terme auprès du secteur financier domestique, une bonne partie étant rachetés par la RBM.

La balance courante est lourdement déficitaire, conséquence du déséquilibre structurel de celle des biens en raison d’une base d’exportation très réduite et concentrée dans des secteurs à faible valeur ajoutée, ainsi que de la forte dépendance aux importations. En conséquence, les réserves de change demeurent extrêmement limitées (0,4 mois d’importations détenu par la RBM et de 2,3 mois par l’ensemble de l’économie en mars 2026). Le manque de devises contraint les importations. En avril 2026, une partie des réserves d’or nationales a été vendue afin de pallier aux importantes pénuries de carburant. Le déficit courant devrait augmenter en 2026, sous l’effet de la hausse du prix des produits pétroliers (16 % des importations) et des engrais (6 %). La hausse des exportations compensera partiellement grâce au tabac (55 % des exportations) à la récolte prometteuse (+13 % en g.a. prévue en 2026 d’après la Commission des Tabacs). Le secteur minier, malgré une restriction d’exportation de minerai brut depuis octobre 2025, devrait contribuer positivement au solde commercial grâce à l’exonération de la mine de Kayelekera, qui exporte de l’uranium transformé (yellowcake). Le déficit des services (5 % du PIB) et les remises des expatriés (3,8 % du PIB en 2024) devraient rester stables. Le financement repose sur les aides-projets et l’aide budgétaire.

Le poids de la considérable dette publique devrait continuer à augmenter en 2026. Sa part domestique représente environ 60 % du total et croît. Le Malawi est en défaut de paiement vis-à-vis de ses créanciers commerciaux extérieurs, principalement la Trade & Development Bank (TDB) et la Banque africaine d'import-export (AFREXIM). Par conséquent, il emprunte de manière croissante sur le marché bancaire domestique, malgré des taux très élevés (6 % de taux réel à maturité 3 ans en moyenne), ou à la banque centrale, qui détient 30 % de la dette domestique. La dette externe est, quant à elle, essentiellement concessionnelle, détenue à 70 % par des créanciers multilatéraux, principalement la Banque mondiale, mais aussi le FMI et l’AfDB. Après sa restructuration partielle en 2024 (accords avec la Chine et le Koweït), la dette bilatérale est désormais limitée (8 % de la dette externe) et essentiellement due à Exim China. Des négociations sur la restructuration de la dette extérieure commerciale sont en cours mais leur progression est lente. Le risque d’un nouveau défaut de paiement reste élevé.

Une transition politique confrontée à l’urgence des réformes

Les élections générales de septembre 2025 ont conduit à l’élection au premier tour de l’ancien président Peter Mutharika (2014-2020) avec 57% des voix face au président sortant, Lazarus Chakwera, dans un scrutin marqué par une hausse de la participation (76 %). Si d’importantes manifestations ont précédé le vote, l’annonce des résultats a été relativement pacifique. Le nouveau pouvoir reste cependant fragilisé par un Parlement fragmenté sans majorité. Le parti présidentiel, le Parti progressiste démocratique (DPP) a obtenu 99 sièges sur 229. Le DPP noue des alliances de circonstance avec des forces indépendantes pour voter certains textes. Le Parti du congrès malawite (MCP), formation de M. Chakwera et désormais principale force d’opposition, a quant à lui obtenu 52 sièges. L’essor des partis indépendants illustre la désaffection croissante vis-à-vis des deux partis historiques, alors que la situation économique reste périlleuse, sans amélioration visible. La mise en place par M. Mutharika d’impopulaires recommandations du FMI, qui ouvriraient l’accès à un accord financé, semble improbable à moyen-terme dans un contexte social dégradé.

Lilongwe entretient des relations cordiales tant avec les Etats-Unis et l’Union Européenne qu’avec la Chine, la recherche de soutien financier et humanitaire restant le principal axe de la diplomatie malawite. Au niveau régional, le Malawi est membre de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU). Le pays développe des projets avec ses voisins, le Mozambique et la Zambie. Le Mozambique va ainsi louer au Malawi une partie de son port de Nacala, ce qui facilitera la connectivité régionale et l'accès à la mer. Un projet d’interconnexion électrique Mozambique-Malawi (MOMA) devrait par ailleurs être achevé en 2026. En revanche, un litige frontalier ancien l’oppose à la Tanzanie sur la délimitation de la frontière lacustre, bien que les frictions restent minimes.

Dernière mise à jour : juin 2026