Une croissance résiliente malgré des difficultés minières et sécuritaires
En 2025, la croissance a nettement décéléré du fait de la dégradation de la situation sécuritaire. Ajoutée à la perturbation de l’approvisionnement en carburant et sa répercussion sur la production d’électricité, elle a contribué à l’effondrement de l’extraction aurifère en 2025 (-23 % en volume, en g.a.). Cette inflexion n’a pas permis au Mali de profiter pleinement de la hausse des cours mondiaux. Le secteur a été aussi perturbé par des différends fiscaux depuis la réforme du code minier en 2023, permettant à l’Etat de prendre 30 % des parts des projets miniers, contre 20 % précédemment. Après le conflit fiscal entre l’Etat et le groupe canadien Barrick ayant mené à la mise à l’arrêt de la production de la mine d’or de Loulo-Gounkoto (première mine du pays avec 35 % de la production nationale) en janvier 2025, les parties prenantes ont annoncé un accord financier en novembre, laissant présager une reprise complète des opérations au T1 2026. Le permis d’exploitation d’un des deux pôles de la mine doit toutefois expirer en février 2026. Le tertiaire (notamment les télécommunications) et l’agriculture vivrière se sont montrés résilients, compensant une récolte cotonnière 2024-2025 en légère baisse.
En 2026, la croissance devrait rebondir, favorisée par la reprise de la production d’or et par l’essor de celle de lithium, avec l’ouverture d’une deuxième mine à Bougouni en 2025, après celle de Goulamina l’année précédente. Toutes deux sont exploitées par des groupes chinois, respectivement Hainan Mining et Ganfeng. Néanmoins, les défaillances électriques continueront d’entraver l’activité, avec les coûts élevés de l’électricité (les plus hauts de la région, à 130 CFAF/kWh) et la situation financière fragile d’Electricité du Mali (EDM). La situation sécuritaire périlleuse exerce aussi de fortes pressions sur l’approvisionnement en pétrole (60 % du mix électrique national). Par ailleurs, la récolte de coton 2025/2026 s’annonce en net recul (-34 % en volume) après une année marquée par une pluviométrie insuffisante. L’inflation, qui a déjà ralenti au cours de l’année 2025, devrait encore refluer en 2026 grâce à la baisse des prix alimentaires et énergétiques. Malgré des prix réglementés, les difficultés d’approvisionnement en carburant présentent toutefois un risque inflationniste sur le marché parallèle.
Nonobstant sa sortie de la CEDEAO en 2025, le Mali reste membre de l’Union Economique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) ; Malgré son hostilité affichée envers le système monétaire ouest-africain, une sortie de l’Union reste hautement improbable. Le Mali dépend du marché régional pour se financer et bénéficie de la stabilité monétaire du FCFA. Le gouvernement malien a ainsi récemment démenti un projet de monnaie commune de l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Le différentiel entre les taux respectifs BCE et BCEAO (2 % et 3,25 %) favorise la reconstitution des réserves de change régionales et laisse une marge de manœuvre pour un assouplissement, alors que la région dans son ensemble devrait observer une inflation nettement en dessous de la cible de 3 % dès 2025. Une baisse des taux de la BCEAO de 25 bps est probable en 2026.
Un déficit budgétaire en voie d’amélioration mais dépendant des financements régionaux
Après l’augmentation du déficit public en 2025, le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une consolidation budgétaire axée sur une baisse des dépenses courantes, notamment un gel des dépenses de personnel, mais aussi sur une non-reconduction des dépenses militaires exceptionnelles de 2025 (-15 % en g.a.) liées aux acquisitions de matériel. Sur le plan des recettes, le Mali bénéficiera de la reprise de la production aurifère et d’une augmentation du rendement fiscal du secteur due au nouveau code minier, désormais appliqué par tous les producteurs. Le ratio d’endettement s’est légèrement réduit en 2025 et cette tendance se poursuivra en 2026 grâce au dynamisme de la croissance. Cependant, le risque de liquidité est significatif. La dette publique est majoritairement (58 %) libellée en FCFA, illustrant la dépendance aux banques domestiques et au marché financier de l’UEMOA. La dette comprend surtout des obligations onéreuses (9,5 % sur les OAT 3 ans en décembre 2025) et à maturités courtes et moyennes. En 2026, les échéances s’élèveront à 1400 Mds FCFA (10 % du PIB), essentiellement vis-à-vis des prêteurs domestiques. La concentration des échéances (62 % à moins de 3 ans) pose un risque de refinancement susceptible d’aggraver les arriérés envers les créanciers domestiques, déjà significatifs (2,5% du PIB, contre 0,7 % vis-à-vis des créanciers extérieurs). La dette publique extrarégionale (27 % du PIB) présente un risque moindre. Elle bénéficie d’échéances plus longues et de conditions préférentielles, puisque les deux tiers en sont détenus par le FMI et le Fonds africain de développement (FAD). Suite aux inondations de 2024, le FMI a déboursé 129 M USD et mis en place un programme de référence (SMP).
Le déficit de la balance courante s’est légèrement accentué en 2025 du fait de la hausse marquée des importations et de la réduction de l’aide américaine (-50 % de l’aide totale en g.a.). En 2026, il devrait s’améliorer, tiré par le redressement du déficit commercial. Celui-ci bénéficiera du rétablissement de la production d’or et de l’amélioration des termes de l’échange, notamment de la baisse des prix de l’énergie et de l’alimentation (respectivement 40 % et 10 % des importations). Cependant, les difficultés logistiques persisteront et le coût du fret et de l’assurance (70 % des services importés) continuera de peser sur la balance courante. Les remises des expatriés compenseront le rapatriement des profits des entreprises étrangères, en baisse du fait des nouvelles normes minières. Ni les différends fiscaux, ni l’insécurité ne devraient dissuader les investissements dans ce secteur, puisque le potentiel aurifère reste considérable, alors que les cours devraient se maintenir à un niveau élevé en 2026. Les IDE et le crédit provenant de la zone UEMOA financeront l’essentiel du déficit de la balance des paiements.
Coopération accrue au sein de l’AES face à la dégradation sécuritaire
Le général Assimi Goïta, président du régime militaire issu des deux coups d’Etat de 2020 et 2021, a renforcé son emprise en 2025. Le retour à l’ordre constitutionnel, prévu initialement pour mars 2024, a été repoussé sine die. Les partis politiques ont été dissous en mai 2025. En juillet, le Conseil National de Transition (CNT, organe législatif aux membres nommés par décret) a accordé à Assimi Goïta un mandat de cinq ans, renouvelable indéfiniment, rendant peu probable la tenue d’un scrutin à moyen terme. L’insurrection islamiste mise à part, le principal risque pour le pouvoir émane de l’armée. La mise au pas des dissidents politiques et son incapacité à stabiliser la situation sécuritaire ont révélé des rivalités au sein de l’appareil militaire. L’annonce d’un coup d’Etat manqué en août 2025 et l’arrestation subséquente de plusieurs gradés, dont deux généraux, illustrent l’intensification des tensions internes au régime.
Le risque sécuritaire s’est aggravé en 2025. Les affrontements avec les militants djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) se sont étendus au sud et à l’ouest du pays. Ces régions, relativement épargnées jusqu’ici, constituent le cœur économique du pays. Les régions de Sikasso, au sud, et de Kayes, à l’ouest, abritent l’essentiel des mines d’or (respectivement 31 % et 65 % de la production) et du potentiel agricole. Elles sont aussi traversées par les principaux corridors routiers reliant Bamako aux ports sénégalais et ivoiriens, par lesquels transitent l’essentiel du commerce. L’intensification des attaques menées sur ces axes a mené, en septembre 2025, à un blocus partiel de la capitale, les insurgés ciblant son approvisionnement en carburant. Si l’étau s’est desserré depuis décembre, ces axes continuaient de subir des attaques en février 2026. Le nombre de victimes de ce conflit est resté stable en 2025 (2000 à 3000 morts) du fait d’une diminution des attaques dans le centre et le nord du pays. Ces régions ne sont toutefois pas stabilisées. Au niveau national, le nombre d’enlèvement de ressortissants étrangers a fortement augmenté (30 en 2025 contre 7 entre 2022 et 2024), de même que les attaques contre les banques et sites industriels, alors que le JNIM s’efforce de renforcer son assise territoriale et financière. L’Etat Islamique au Sahel, présent dans la zone des trois frontières, mène également des attaques ponctuelles. En 2026, le conflit devrait s’incruster dans les zones de progression du JNIM et une stabilisation prochaine de la situation semble peu crédible, malgré d’importantes réceptions de matériel militaire russe et turc en janvier 2026. L’étirement de l’armée malienne et des groupes militaires ou paramilitaires alliés (Russes, milices populaires Dozo) ainsi que les exactions dont ils sont accusés contribuent à décrédibiliser la junte dans les zones rurales. Dans le nord saharien, le mouvement indépendantiste touareg est en cours de recomposition depuis la reprise de Kidal par les Forces armées maliennes (FAMa) fin 2023 et le conflit connait une accalmie, mais les hostilités pourraient reprendre sous peu.
Au niveau régional, la coopération avec le Niger et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) se renforce, avec l’annonce, en décembre 2025, de la création d’une force militaire de 5000 hommes, d’une banque de développement et de médias communs. Le retrait des trois pays de la CEDEAO est devenu effectif en janvier 2025 et a été suivi par l’annonce d’une prochaine sortie de la Cour pénale internationale (CPI). Les approvisionnements en pétrole depuis le Niger, importés à des tarifs préférentiels, jouent un rôle critique pour le Mali sur le plan énergétique alors que ses approvisionnements traditionnels, depuis la côte, sont perturbés. En revanche, les relations avec la CEDEAO restent tendues, malgré la tentative de normalisation marquée par l’annulation officielle des sanctions contre le Mali (inappliquées depuis juin 2022) par la Cour de l’UEMOA en janvier 2026. Afin de réduire sa dépendance commerciale au Sénégal et à la Côte d’Ivoire, le Mali a obtenu des facilités logistiques dans le port guinéen de Conakry. 2025 a aussi vu une détérioration des relations avec l’Algérie, accusée d’abriter des opposants. Des accrochages frontaliers ont eu lieu. Le débordement du conflit au sud (incursions et recrutement de combattants, flux de réfugiés, attentats) devrait contribuer à attiser les tensions régionales, la Côte d’Ivoire ayant ainsi annoncé le renforcement des contrôles à la frontière. Sur le plan international, les liens avec la Russie, noués après l’expulsion des forces françaises et onusiennes en 2022 se matérialisent par l’Africa Corps (ex Wagner) et son rôle clé dans le dispositif militaire malien. Soucieuse face à l’extension du djihadisme, les Etats-Unis tentent de renouer le dialogue.

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