L’Asie s’affirme comme le centre névralgique de l’industrie automobile mondiale
La région est le premier producteur et consommateur de véhicules et compte pour 25% des ventes de véhicules en 2023. Les constructeurs asiatiques dominent les ventes mondiales (30 millions de voitures vendues en 2023) avec néanmoins une forte hétérogénéité régionale. Le secteur est pour le moment dominé par un pôle historique, composé du Japon et de la Corée. Toyota est le premier constructeur mondial depuis 2020 (en nombre de voiture vendues) avec plus de 5 millions d’unités vendues au S1 2025. Toutefois, le segment électrique a offert à la Chine une percée éclair. Elle s’impose désormais comme le futur pôle automobile en Asie. Enfin, d’autres pays se distinguent ces dernières années, c’est le cas de l’Inde et du Vietnam.
La Chine continuera de renforcer sa position de sur le marché automobile mondial en 2025 grâce au segment électrique. Elle est le premier producteur et consommateur mondial de voitures électriques – 11 millions de voitures électriques ont été vendues en Chine sur les neufs premiers mois de l’année, dont deux tiers de véhicules électriques à batterie. De la même manière que la maîtrise du moteur à combustion a fait le succès de l’industrie automobile américaine, européenne ou japonaise, la motorisation électrique confère aujourd’hui à l’industrie automobile chinoise un avantage comparatif.
Le segment des véhicules électriques soutient également les exportations chinoises de voitures. Sur les 5 millions de véhicules exportés sur les neufs premiers mois de 2025, 35% étaient électriques. Cette dynamique devrait se poursuivre en 2026.
Cette croissance rapide se fait toutefois grâce à l’appui d’importantes subventions publiques et d’une guerre des marges extrêmement fortes entre constructeurs. Il en résulte un secteur finalement vulnérable puisque très peu de constructeurs de véhicules électriques sont rentables, BYD étant aujourd’hui l’un des seuls. En outre, le soutien des autorités chinoises crée une très forte distorsion de concurrence vis-à-vis des constructeurs étrangers.
Le secteur automobile aux Etats-Unis demeure plus résilient qu’en Europe
Nous prévoyons un ralentissement de la croissance de la production (+1 à 2% g.a) aux Etats-Unis en 2025, compte tenu d’une demande qui reste résiliente, avec une croissance des ventes de 2 à 3% sur l’année. En Europe, nous attendons une croissance faible du secteur notamment plombée par un recul des ventes de 1% en 2025 (après -2% en 2024).
Dans l’Union européenne (UE), ce sont les véhicules électriques qui dynamisent les nouvelles immatriculations. Elles devraient atteindre 25% des ventes de véhicules neufs en 2025 (BEV + PHEV), alors qu’à partir de 2035 seuls les BEV seront autorisés à la vente dans l’UE. Aux Etats-Unis, nos prévisions sont plus mitigées pour le segment électrique : la part de marché de véhicules électriques restera proche des 10% en 2025.
Ces deux marchés automobiles resteront, à moyen terme, largement dominés par les véhicules thermiques. Les ventes de SUV représentent environ 50% des nouvelles immatriculations en Europe. Outre-Atlantique, les ventes de « camions légers » (SUV, 4x4, vans, camionnettes et fourgonnettes) atteignent 80% des ventes de totales de véhicules neufs.
En parallèle, les Etats-Unis et l’UE cherchent à renforcer leur autonomie industrielle et technologique.
Il s’agit d’une part de développer les capacités de production de batteries (Li-ion) ; et, dans le même temps, de diversifier les sources d’approvisionnement en matières premières critiques afin d’échapper au quasi-monopole chinois.
Côté américain, dans le cadre de l’Inflation Reduction Act (IRA), 65 milliards USD seront ainsi investis au cours des prochaines années dans le développement de gigafacories.
En Europe, les dispositions règlementaires astreignent de facto les constructeurs automobiles européens à ne produire plus que des VE à partir de 2035. Ainsi, l’objectif du Critical Raw Material Act (CRMA), est de développer les capacités européennes de production et d’approvisionnement en matières premières critiques. Pour cela, l’UE doit acquérir 10% de capacité d’extraction, 40% de raffinage, et 15% de recyclage d’ici 2030 (en % de la consommation annuelle), à l’horizon 2030. Des progrès certes, mais bien loin de l’autonomie.
Néanmoins, la transition vers l’électrique en Europe n’est pas garantie. Les constructeurs européens ont notamment obtenu de la commission européenne (le 12 septembre dernier) une révision anticipée de l’agenda 2035 et des modalités associées. Leur principal objectif est de repousser l’échéance et de prolonger la commercialisation des véhicules hybrides rechargeables (PHEV) au-delà de 2035, en arguant que la faiblesse de la demande et la concurrence croissante des constructeurs chinois menacent les acteurs européens – certains, comme Stellantis, étant déjà sous pression.