Un secteur divisé entre commerce alimentaire et non-alimentaire, économies avancées et émergentes
La structure du secteur de la distribution varie considérablement entre les segments alimentaires et non-alimentaires ainsi qu'entre les économies avancées et émergentes. Dans les marchés matures, la distribution non-alimentaire représente jusqu'à 60 % des dépenses totales en biens. Dans les économies émergentes, cet équilibre s’inverse, la distribution alimentaire dominant avec 70 à 90 % des dépenses.
La structure du marché diffère également. Dans les économies avancées, les grandes chaînes de distribution dominent, particulièrement dans l'alimentaire où les marchés sont souvent très concentrés au niveau national ou régional. La distribution non-alimentaire y est plus fragmentée, avec un mélange de grandes chaînes et d’acteurs indépendants. Dans les économies émergentes, le paysage est plus hybride, avec des distributeurs indépendants jouant un rôle majeur au niveau local.
La croissance des ventes est généralement plus soutenue dans les économies émergentes, où l’augmentation de la population, l’urbanisation et l’essor des chaînes de distribution modernes constituent de puissants moteurs structurels. Depuis 2019, des marchés émergents dynamiques comme la Chine, le Mexique, la Pologne et le Vietnam enregistrent une croissance annuelle des ventes au détail de 3 à 5 %, contre seulement 1 à 3 % dans la plupart des économies matures d’Europe et d’Amérique du Nord.
La distribution alimentaire est généralement plus résiliente aussi bien dans les économies développées que dans les économies émergentes, avec des besoins en fonds de roulement moindres mais des opportunités limitées de différenciation, la concurrence reposant principalement sur les prix. À l’inverse, la distribution non-alimentaire est plus cyclique, exigeant des niveaux de stocks plus élevés mais offrant davantage d'opportunités de différenciation grâce aux marques et à l’offre de produits.
Les dernières années ont été exceptionnelles, marquées par des fluctuations de la demande dues à la pandémie et par une période inflationniste aux impacts différents selon les segments de la distribution.
Distribution non-alimentaire : croissance faible, pression sur les marges, hausse de l'endettement
La croissance des ventes au détail hors alimentation a atteint son plus bas niveau en six ans en 2025, l'inflation modérée et les volumes globalement stables se traduisant par une croissance comprise entre 1% et 2%. 2025 a ainsi marqué un nouveau ralentissement par rapport à la reprise par les volumes de 2021-2022 (environ 10 % par an) et celle par les prix de 2023-2024 (environ 3 % par an). Bien que faibles par rapport aux normes historiques, la croissance des ventes a été meilleure que ce que l'on pouvait craindre au début de 2025 : les marchés du travail sont restés résilients et la croissance des salaires a souvent été supérieure à l'inflation, soutenant le pouvoir d'achat et générant des volumes légèrement supérieurs aux prévisions. La résilience de la demande s'est faite au détriment des marges. La croissance de l'EBITDA a été négative de manière quasi continue au cours des trois dernières années, les commerçants ayant donné la priorité à la protection des volumes plutôt de la marge brute.
Les performances ont été hétérogènes selon les catégories de produits. Le commerce en ligne a repris de la vitesse pour atteindre une croissance d’environ 4 % en 2025 après avoir stagné en 2023-2024, soutenu par une forte compétitivité-prix après plusieurs années d'érosion du pouvoir d'achat réel des ménages. Le commerce de produits électroniques a lui aussi enregistré une accélération de la croissance de ses ventes (5 %), en lien avec l'accélération des volumes de ventes d'ordinateurs et de smartphones et la hausse des prix de vente moyens. Le secteur de l'habillement a affiché des résultats mitigés (2 %). La mode de luxe est restée stable, tandis que le marché de masse a connu une forte polarisation : les grandes chaînes de fast fashion et les places de marché en ligne chinoises ont gagné des parts de marché, laissant le reste du segment à la traîne. Les spécialistes du bricolage et de l’aménagement de maison n’ont pas enregistré de nette amélioration (+1 %), freinés par la faiblesse de l'activité dans le secteur de la construction malgré des conditions de financement en amélioration. Les grands magasins sont restés sous pression (?1 %), touchés par le ralentissement des ventes de produits de luxe et la baisse tendancielle de la fréquentation ; la consolidation du segment se poursuit, notamment aux États-Unis.
Le risque global du secteur reste élevé. Les bilans continuent de refléter la dette accumulée pendant la pandémie en 2020-2021, et les hausses de taux de 2023-2024 ont affaibli les indicateurs de crédit. L'assouplissement progressif des taux d'intérêt en Europe et en Amérique du Nord devrait apporter un soulagement supplémentaire, et les niveaux de stocks semblent avoir reculé par rapport à leurs sommets, atténuant ainsi certaines pressions sur la liquidité. Toutefois, cette amélioration est partielle, et les difficultés liées à l'endettement et à la rentabilité continuent de peser sur les perspectives.
Distribution alimentaire : résiliente, mais des comportements de consommation qui évoluent
La distribution alimentaire s’est montrée plus résiliente, affichant une croissance des ventes de 3 à 4 % en 2025. La rentabilité est restée stable, avec des marges EBITDA se maintenant à 6-7 % du chiffre d’affaires, légèrement au-dessus de la norme pré-pandémie située entre 5 et 6 %.
Depuis le pic inflationniste de 2023-2024, la tendance au « trading down » s'est imposée : les consommateurs préservent leurs volumes d’achat en optant pour des alternatives moins coûteuses. Ce phénomène n’a pas nécessairement nui à la rentabilité des distributeurs, notamment pour ceux proposant une solide offre en marques propres. La pénétration croissante de ces marques soutient les marges et renforce également le pouvoir de négociation des distributeurs face aux fabricants de produits de marque, leur permettant ainsi de négocier de meilleures conditions tarifaires.
L’accent mis sur les prix a profité aux distributeurs les plus compétitifs en termes de coûts, tout en plaçant d’autres acteurs en difficulté. Par conséquent, la croissance des ventes a été inégale, avec des performances variables selon les distributeurs.
Le risque global dans le secteur de la distribution alimentaire reste inférieur à celui du secteur non alimentaire, grâce à une demande stable, à un assortiment de produits défensif et à des besoins en fonds de roulement limités. Cependant, les indicateurs de crédit ne sont plus aussi solides qu'auparavant : la hausse des coûts de financement depuis 2023-2024 a pesé sur la capacité de remboursement de la dette. Un assouplissement progressif des taux d'intérêt, notamment en Europe et en Amérique du Nord, devrait apporter un certain soulagement, même si l'amélioration devrait être progressive plutôt que radicale.
Le commerce en ligne, le marché de l’occasion et la reconfiguration des espaces de vente continueront de mettre le secteur à l’épreuve
Au-delà des cycles économiques, le secteur traverse d’importants changements structurels obligeant les distributeurs à s’adapter.
Le commerce en ligne présente un bilan mitigé. Si les ventes en ligne continuent de croître, la rentabilité reste difficile à atteindre pour beaucoup d’acteurs en raison des coûts élevés de logistique et de gestion des commandes. Un développement notable dans ce domaine est l’émergence de plateformes mondiales d’e-commerce, notamment d’acteurs chinois particulièrement offensifs, qui redéfinissent le marché.
Le marché de l’occasion est en pleine expansion, porté par les consommateurs attentifs aux prix et sensibles aux enjeux environnementaux. Cependant, cette croissance profite peu aux distributeurs traditionnels, bénéficiant davantage aux plateformes d’échange entre particuliers.
La reconfiguration des espaces commerciaux est une autre tendance majeure. Les évolutions des habitudes de consommation détournent la demande de certains formats de magasins pour en favoriser d’autres, poussant les distributeurs à repenser leur stratégie d’implantation. Ces adaptations nécessitent des investissements ciblés, représentant un défi majeur pour les acteurs dépendants d’un format unique.