Pakistan

Asie

PIB / Habitant ($)
1 458,0 $
Population (en 2021)
231,4 Millions

Evaluation

Risque Pays
D
Climat des affaires
C
Précédemment
D
Précédemment
C

suggestions

Résumé

Points forts

  • Grand marché intérieur (251,3 millions d'habitants) bénéficiant des envois de fonds des expatriés (9,5% du PIB)
  • Main-d'œuvre nombreuse et peu coûteuse
  • Développement de corridors économiques avec la Chine et l'Asie centrale, porte sur l’océan Indien
  • Un acteur majeur de la finance islamique
  • Hydroélectricité et charbon exploités, et potentiel en hydrocarbures

Points faibles

  • Voisinage tendu (Afghanistan, Iran, Inde), fragilité politique et insécurité intérieure
  • Risque de défaut sur la dette publique, faibles réserves de change, dépendance aux fonds du FMI
  • Important secteur informel (80% des emplois qui ne bénéficient pas de protection sociale) et faibles recettes fiscales (15% du PIB) pesant sur une petite minorité
  • Entreprises d'État importantes et inefficaces, poids de l’Etat, notamment de l’armée dans l’économie, corruption, politisation de la justice, orientation du crédit vers le secteur public
  • Éducation (40% d’analphabètes), santé, infrastructures et agriculture inadéquates
  • Développement retardé du Baloutchistan, favorisant le séparatisme, et des zones rurales, propice au développement de l'islamisme radical
  • Dépendance aux importations d’hydrocarbures, transmission et distribution d'électricité déficiente, lourd endettement du secteur de l’électricité
  • Faiblesse de l'industrie manufacturière (13 % du PIB) et de la base d'exportation, diversification réduite, faible productivité
  • Dépendance de l’agriculture (1/4 du PIB et 40% de l’emploi) à l’eau des rivières avec leur source en Inde

Echanges commerciaux

Export des biens en % du total

Europe
26%
États-Unis d'Amérique
18%
Chine
10%
Royaume-Uni
7%
Émirats arabes unis
5%

Import des biens en % du total

Chine 23 %
23%
Émirats arabes unis 10 %
10%
Arabie saoudite 9 %
9%
Indonésie 7 %
7%
Qatar 7 %
7%

Perspectives

Les perspectives économiques mettent en lumière les opportunités et les risques à venir, aidant à anticiper les changements majeurs. Cette analyse est essentielle pour toute entreprise cherchant à s'adapter aux évolutions du marché.

L’approvisionnement en eau et l’insécurité pèseront sur la croissance

Les faibles performances agricoles observées en 2025 pourraient se prolonger en 2026, limitant à nouveau le rebond de la croissance, malgré l’effet positif d’une inflation redescendue à un chiffre. Les destructions des terres lors des inondations de 2025, combinées à de perturbations supplémentaires dans l’approvisionnement en eau par l’Inde, devraient encore pénaliser l’agriculture. Celle-ci emploie 40 % de la population active et représente un quart du PIB. La suspension unilatérale du Traité des eaux de l’Indus par le gouvernement indien, en avril 2025, laisse effectivement présager de nouvelles tensions pour le secteur. Cette décision a été prise en représailles à l’attentat terroriste dans l’état du Jammu-et-Cachemire attribué à une organisation djihadiste pakistanaise, tuant 26 civils, pour lequel New Delhi tient Islamabad pour responsable. Ce traité, signé en 1960 sous l’égide de la Banque Mondiale, répartit l’usage des six affluents du fleuve entre l’Inde, située en amont, et le Pakistan en aval. L’eau du bassin irrigue 80 % de l’agriculture pakistanaise, rendant le secteur particulièrement vulnérable aux décisions indiennes. Les inondations durant la mousson et les pénuries d’eau pendant la saison sèche pourraient perturber les rendements agricoles (riz, sucre de canne, maïs, coton), accroître les coûts et fragiliser l’approvisionnement alimentaire, augmentant ainsi les besoins d’importations. Le secteur énergétique serait également touché, puisqu’un tiers de la production hydroélectrique du pays dépend de l’Indus. La suspension du Traité devrait donc relancer partiellement l’inflation, qui restera tout de même à un niveau bien inférieur à ceux de 2023 et 2024.

L’amélioration de l’accès au crédit, permise par la baisse du taux directeur, de 22 % en 2024 à 11 % en mai 2025, et par le soutien du FMI, soutiendra la consommation privée (80 % du PIB). A cela, s’ajoutent les larges remises d’expatriés. Les investissements privés profiteront de la baisse des taux, bien que toujours élevés, mais resteront limités par l’instabilité intérieure (influence de l’armée, coalition fragile, attentats) et extérieure (tensions avec l’Inde et l’Afghanistan). Malgré la poursuite des investissements des pays du Golfe dans les infrastructures minières et maritimes, ceux-ci ne parviendront pas vraiment à décoller. L’achèvement du gazoduc TAPI (Turkménistan, Afghanistan, Pakistan, Inde), destiné à transporter le gaz turkmène vers le Pakistan et l'Inde, semble compromis par les tensions entre ces deux pays. En revanche, la construction de la ligne électrique Asie centrale-Asie du Sud (CASA1000) entre le Tadjikistan, le Kirghizistan et le Pakistan se poursuivra progressivement. De même, en 2025, la Chine et le Pakistan ont réaffirmé leur volonté de relancer la phase II du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), lancé en 2013 et représentant plus de 60 milliards d’USD d’investissements, essentiellement financés par des prêts commerciaux chinois. Ce projet vise à renforcer l’intégration régionale et commerciale du pays en reliant Kashgar dans le Xinjiang chinois au port pakistanais de Gwadar, sur l'océan Indien, et via la création de zones économiques spéciales et le développement d’une infrastructure numérique. Toutefois, il fait l’objet d’importants retards liés aux attaques des groupes autonomistes au Baloutchistan et aux contraintes budgétaires pakistanaises ; ces obstacles demeureront en 2026.

Les dépenses publiques seront toujours limitées par l’étroitesse des marges de manœuvre budgétaire. La contribution des exportations à la croissance sera pénalisée par les droits de douane étasuniens (taux de 19 %). Déjà fragilisé par le coût élevé des intrants (électricité et matières premières), le secteur du textile et de l’habillement sera le premier touché, puisqu’il représente 80 % des exportations vers les Etats-Unis (premier partenaire commercial).

Le soutien du FMI rassure face à la fragilité des comptes public et extérieur

Durant l’année fiscale 2024/2025, le déficit public s’est réduit et l’excédent primaire (hors intérêts) s’est accru (2,5 % du PIB) sous l’impulsion des réformes soutenues par le FMI : élargissement de l’assiette fiscale, amélioration du recouvrement des recettes d’imposition, harmonisation des régimes d’impôt sur le revenu des provinces avec les règles fédérales. L’assainissement se poursuivra durant l’exercice budgétaire 2025/2026, avec l’introduction de nouvelles taxes (agriculture, immobilier, commerce de détail), la réduction de subventions et la relance progressive des privatisations. Toutefois, les recettes pourraient sous-performer du fait des difficultés agricoles, du poids de l’informalité (80 % de la main d’œuvre) et de la corruption généralisée. Les dépenses globales devraient diminuer, à l’exception de celles vers la défense (hors pensions) qui augmenteront de 20 %, conséquence des regains de tensions avec l’Inde et de l’influence de l’armée sur le gouvernement. Les importantes dépenses militaires absorberont ainsi 19 % du budget fédéral (pensions incluses). Les finances resteront grevées par le service de la dette (20 % du PIB, amortissement et intérêts compris), les paiements d'intérêts représentant à eux seuls plus de 44 % des recettes publiques. Les deux programmes en cours du FMI aideront le Pakistan à financer son déficit : un Mécanisme élargi de crédit de 37 mois et une Facilité pour la Résilience et la durabilité de 28 mois, se terminant respectivement en septembre et juillet 2027. Les montants totaux s’élèvent à 7 milliards et 1,3 milliard d’USD, le pays ayant déjà touché 3,3 milliards d’USD. Ce soutien continu du Fonds rassure les créanciers bilatéraux qui représentent 37 % de la dette extérieure. Les créances chinoises (banques officielles et commerciales) en représentent 28 %. La dette intérieure (64 % du total), est presque exclusivement libellée en roupies pakistanaises et représente 86 % du total des intérêts. Près de la moitié de cette dette intérieure est constituée d’obligations détenues par des banques locales, elles-mêmes dépendantes de la liquidité fournie par la banque centrale.

En 2025, les comptes extérieurs se sont nettement améliorés grâce aux larges afflux de remises des travailleurs expatriés (9,5 % du PIB) et à l’octroi de fonds de la part de créanciers multilatéraux (FMI, Banque Mondiale) et bilatéraux (Chine, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Koweït). Ces transferts ont permis à la balance courante d’afficher un léger exceptionnel excédent et aux réserves de devises de se renflouer jusqu’à atteindre les 2,5 mois d’importations.

Ces dynamiques se poursuivront en 2026 sans toutefois maintenir l’excèdent, du fait d’une détérioration du déficit commercial. Les tensions autour de la gestion de l’eau pourraient accentuer la dépendance aux importations alimentaires et affecter les récoltes de coton qui servent à fabriquer les articles textiles (vêtements et linge), qui représentent 60 % des recettes d’exportations du pays. Les revenus seront aussi fragilisés par l’incertitude commerciale mondiale et par l’effet direct des droits de douane imposés par l’administration étasunienne. Toutefois, le Pakistan est soumis à un taux inférieur à celui de certains de ses concurrents : 19 %, contre 20 % pour le Bangladesh et le Sri Lanka, et 50 % pour l’Inde. Islamabad a négocié une baisse de 10 points en contrepartie de l’octroi aux Etats-Unis d’un droit d’exploitation de ses réserves pétrolières et de l’engagement d’augmenter ses importations énergétiques en provenance du pays. La baisse des prix du pétrole, principal poste d’importation, limitera la dégradation du déficit. Malgré sa volonté de diversifier ses sources de financement, comme en témoigne l’émission fin 2025 de ses premières obligations « Panda » libellées en yuans (250 millions d’USD), le Pakistan continuera de dépendre de l’aide extérieure pour combler son léger déficit courant et surtout assurer le service de sa dette.

L’insécurité omniprésente

Depuis les élections législatives contestées de février 2024, les deux partis traditionnels, le Pakistan Muslim League-Nawaz (PML-N) et le Pakistan People's Party (PPP), dirigent une coalition fragile aux côtés de cinq autres formations. Arrivés respectivement en deuxième et troisième positions dans les urnes, ils ont péniblement uni leurs forces pour atteindre la majorité absolue et empêcher les candidats indépendants, arrivés en tête, de prendre les rênes du pouvoir. Ces indépendants n’avaient pas été autorisés à se présenter sous les couleurs du Pakistan Tehreek-e-Insaf, ou Mouvement pakistanais pour la justice (PTI), dont le leader, l’ancien Premier ministre Imran Khan, est emprisonné depuis août 2023 pour de multiples chefs d'accusation. La coalition évolue donc dans un climat de forte opposition, alors même que ses deux principaux partis doivent surmonter leurs propres dissensions internes, après s’être alternés au pouvoir depuis l’indépendance simultanée du Pakistan et de l’Inde en 1947. Le Premier ministre, Shehbaz Sharif (PML-N) et le président, Asif Ali Zardari (PPP), doivent également composer avec l’influence de l’armée. Depuis 1947, celle-ci a renversé le gouvernement à trois reprises et directement dirigé le pays pendant plus de trois décennies, au total. Son chef d'état-major, Asim Munir, conservera sa mainmise sur la défense et les affaires étrangères, invoquant l'insécurité intérieure et le voisinage dangereux, alors que le pays détient l’arme nucléaire. En novembre 2025, un amendement constitutionnel lui a accordé l’immunité à vie, prolongé son mandat jusqu’en 2030 et élargi son pouvoir au commandement des forces aériennes et navales, en plus de l’armée de terre.

Le Pakistan restera visé par des attentats terroristes d’ampleur, dont la fréquence s’est accentuée depuis la prise du pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021. Islamabad accuse son voisin d’abriter des groupes terroristes, notamment le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP). Les tensions ont culminé en octobre 2025, après une intervention militaire pakistanaise à Kaboul, visant à démanteler le TTP, ayant déclenché des affrontements sanglants le long de leur frontière. Des conflits ponctuels devraient continuer à émerger, alors que le Pakistan poursuivra l’expulsion des réfugiés afghans. Le Baloutchistan, au sud-ouest, est également la cible d’attentats, cette fois de la part de groupes autonomes dénonçant le retard de développement et l’absence de contrôle sur leurs ressources minières. Ces attaques nourrissent les tensions entre l’Iran et le Pakistan puisque la population baloutche est partagée entre les deux. Une reprise des hostilités avec l’Inde est également à craindre. En mai 2025, un accord de cessez-le-feu avait mis fin aux affrontements armés déclenchés par l’attentat perpétré par une organisation djihadiste pakistanaise dans le nord de l’Inde. Malgré cette trêve, les relations bilatérales resteront crispées, sur fond de rivalités persistantes autour du Cachemire.

Le Pakistan pourra compter sur des alliés dans le Golfe, notamment l’Arabie Saoudite, avec laquelle il a conclu un pacte de défense mutuelle en septembre 2025, et dont il bénéficiera d’un soutien financier continu. Le pays préservera ses liens économiques et diplomatiques avec la Chine, son principal partenaire, tout en renforçant progressivement sa coopération militaire et commerciale avec le Bangladesh. Ce rapprochement, amorcé début 2025 après la destitution du gouvernement bengali de Sheikh Hasina Wajed, marque la première normalisation diplomatique depuis 15 ans et le premier flux commercial direct depuis l’indépendance du Bangladesh en 1971.

Dernière mise à jour : novembre 2025

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