Une croissance résiliente malgré des épiphyties qui frappent le secteur agricole
La croissance devrait accélérer modestement en 2026, grâce à une consommation privée dynamique et une hausse de l’investissement. Profitant de la consommation, tant des nationaux que des visiteurs, les services (62 % du PIB, +3,2 % de croissance sur les trois premiers trimestres 2025) constitueront le principal moteur de la croissance. Le tourisme (13 % du PIB) devrait repartir à la hausse après sa performance décevante en 2025 (-1,6 % de visiteurs étrangers avec nuitée, en g.a.) malgré l’essor des débarquements de croisiéristes (+8,5 % en g.a.). Les croisières ont représenté 63 % des entrées de touristes en 2025, mais génèrent des recettes inférieures aux séjours avec nuitées. Le tourisme restera vulnérable aux prix du carburant aérien, en tension du fait de la guerre en Iran. Il est de plus étroitement corrélé à la conjoncture étasunienne (les touristes des Etats-Unis représentent 70 % des entrées). Le potentiel touristique du pays, très compétitif sur les prix, reste sous-exploité comparé au reste de l’Amérique centrale du fait d’un manque d’infrastructures d’accueil. Côté investissement, le gouvernement a confirmé, en mars 2026, le lancement de l’agrandissement du port de Belize (Belize City), tant pour le fret commercial que pour l’accueil de navires de croisière, repoussé depuis plusieurs années. Il prévoit un investissement d’un montant de 450 M USD. Plusieurs projets privés de ports de croisière sont également en développement.
Après un premier semestre 2025 en nette baisse, l’agriculture et la pêche (8 % du PIB) ont redémarré fin 2025 et afficheront une croissance modérée en 2026. La production de canne à sucre a nettement diminué en 2024/2025 (-8,9 % en g.a.) et restera pénalisée par l’épiphytie de fusariose, dégradant avec elle la production de sucre et de mélasse. La production d’agrumes souffre également de la maladie du dragon jaune qui affectera lourdement la récolte 2025/2026 (-17 % en g.a. sur le dernier trimestre 2025). Sauf aléa climatique majeur, ces difficultés seront toutefois compensées par la production bananière ainsi que la pêche, qui afficheront une croissance soutenue. Le secteur secondaire (14 % du PIB) devrait, quant à lui, se stabiliser. La construction (notamment dans les infrastructures touristiques et de transport) et l’énergie compenseront les difficultés dans l’agroalimentaire, notamment les boissons (6 % du PIB), étroitement lié à la production sucrière. Le secteur électrique bénéficiera d’un projet de 58 M USD annoncé en février 2025, en partenariat avec la Banque mondiale et le gouvernement canadien, qui devrait améliorer la capacité du pays à gérer son approvisionnement électrique à partir de 2026 et augmenter la part du renouvelable dans son bouquet énergétique (43 % en 2024). Les importations d’électricité du Mexique continueront toutefois de représenter une part importante de la consommation (25 % en 2024). Par ailleurs, en octobre 2025, le gouvernement a racheté les actifs du groupe canadien Fortis Inc dans le secteur hydroélectrique (30 % de la consommation nationale) ainsi que sa participation de 33 % dans le fournisseur d’électricité national, la Belize Electricity Limited (BEL). Les trois centrales hydroélectriques ont ensuite été reprivatisées en décembre auprès d’investisseurs institutionnels (dont le Conseil de la Sécurité sociale) et de petits porteurs béliziens. L’opération a rapporté un gain net aux autorités publiques (19 M USD).
Après plusieurs années de ralentissement, l’inflation repartira à la hausse en 2026, entrainée par des prix du carburant plus élevés et l’augmentation des tarifs moyens de l’électricité (+7 % en g.a.) et de l’eau (+ 13,5 %) obtenues respectivement par la BEL et la Belize Water Service Limited (BWSL) en janvier 2026. La banque centrale du Belize (CBB) maintiendra malgré tout son taux interbancaire inchangé à 2,25 % (stable depuis 2021). La CBB n’use pas de ses taux directeurs mais privilégie le levier des réserves obligatoires pour influer sur le crédit domestique. Son principal mandat est le maintien de l’ancrage du dollar bélizien au dollar américain, fixe à 2 BZD pour 1 USD depuis 1976. Cette parité n’est pas menacée, la CBB disposant de réserves internationales satisfaisantes (4,5 mois d’importations) et en hausse (+15 % en g.a. fin 2025). Le maintien de la parité passe essentiellement par des interventions ponctuelles et par le contrôle des changes. Malgré un taux de pénétration bancaire relativement élevé (70 % de la population), le système bancaire bélizien est étroit et les taux en monnaie domestique sont élevés (taux moyen pondéré à 8,48 %). Il devrait toutefois bénéficier de la sortie du pays de la liste grise du GAFI en janvier 2025, bien qu’il reste soumis à un suivi régulier.
Un maintien de la consolidation budgétaire
Le gouvernement a présenté, début mars 2026, son projet de budget pour l’année fiscale 2026-2027, qui devrait entrer en vigueur le 1er avril. La consolidation budgétaire, prioritaire ces dernières années, se relâchera prudemment. Le solde primaire (c-à-d-hors intérêts) restera ainsi excédentaire, mais baissera de 19 %. Les dépenses (1,9 Md BZD, +13 % en g.a.) seront tirées par une forte augmentation de l’investissement public (+32 %), principalement dans les infrastructures électriques, la modernisation de l’autoroute Belize City - Belmopan), l’éducation et le système de santé. Les salaires et pensions continueront, malgré tout, de représenter 60 % des dépenses totales. Une partie des investissements sera financée par l’aide internationale, qui devrait augmenter en 2026. Le programme de dons de 125 M USD sur cinq ans de la Millenium Challenge Corporation (MCC), signé en septembre 2024, puis un temps remis en cause par l’administration américaine, a été confirmé en septembre 2025. Le Belize a de plus été classé éligible au programme de l’Association internationale de développement (AID) en 2024. Il a signé à ce titre divers accords de financement (dons et prêts concessionnels) avec la Banque mondiale pour un montant de 77 M USD.
Avec la restructuration du « super bond » en un « blue bond » en 2021, contre des engagements de conservation du littoral, et la réduction de dette de 300 millions de dollars, conclue en 2023 avec le Venezuela, l’endettement du pays s’est considérablement allégé. En 2025, il s’est toutefois légèrement alourdi sous l’effet du ralentissement de la croissance et d’une hausse du déficit. Le désendettement devrait reprendre en 2026, favorisé par une diminution du service de la dette. Il représentera néanmoins, en 2026, environ 12 % des dépenses publiques. La dette externe représente 64 % de la dette totale. Outre le « blue bond » géré par l’ONG environnementale américaine The Nature Conservancy (364 M USD), ses principaux créanciers sont le Venezuela (214 M), Taiwan (214 M) et la banque de développement des Caraïbes (165 M). Le remboursement de la dette vénézuélienne est suspendu depuis la mise en place de sanctions américaines contre PVDSA en 2017.
Le déficit courant s’est légèremet creusé en 2025, sous l’effet de la détérioration du déficit commercial (14 % du PIB). Les importations se sont accrues, tirées par les produits alimentaires, le textile et les engrais. Dans le même temps, les exportations ont souffert de la baisse de la production sucrière (-37 % pour le sucre et -60 % pour la mélasse, en g.a.) accentuée par celle des cours mondiaux. Les exportations de bananes ont en revanche connu une croissance solide (+8 %). L’excédent de la balance des services (12 % du PIB) n’a pas pu compenser le creusement du déficit commercial dans un contexte de stagnation des recettes touristiques, tandis que les remises (1 % du PIB en 2025) ont légèrement baissé du fait du durcissement de la politique migratoire des Etats-Unis. En 2026, le déficit courant devrait se stabiliser grâce à une légère embellie des exportations alimentaires (85 % du total). Une hausse des recettes touristiques, dépendantes de la conjoncture étasunienne, pourrait aussi y contribuer. Le solde restera néanmoins lesté par un prix du carburant (10 % des importations totales) plus élevé qu’en 2025 et par l’augmentation du prix de l’électricité importée. Le déficit courant sera essentiellement financé par des investissements étrangers en hausse.
La large victoire électorale du parti gouvernemental facilitera les réformes
Le premier ministre sortant Johnny Briceño (au pouvoir depuis 2020) a été reconduit à son poste à la suite de la large victoire de son parti, le Parti uni du peuple (PUP, gauche) aux élections législatives de mars 2025. Le PUP a remporté 26 des 31 sièges et conserve sa super-majorité. Le principal parti d’opposition, le Parti démocratique uni (UDP, droite) a souffert de ses divisions internes, dans un scrutin marqué par une faible participation (64,8 %, le taux le plus bas depuis l’indépendance). Grâce à cette majorité réaffirmée, il devrait être en mesure d’implémenter ses réformes institutionnelles et fiscales, notamment dans le cadre du Plan Belize 2.0, ainsi que la répression contre la criminalité associée à l’important trafic de drogue. Dans un contexte budgétaire amélioré, l’éducation et la santé constitueront deux priorités du gouvernement. La violence et la criminalité continueront néanmoins d’alimenter le mécontentement de la population.
Le pays s’efforce de maintenir de bonnes relations avec le Mexique et les autres pays d’Amérique centrale. Au sein de la communauté caraïbéenne (CARICOM), le Belize a signé, en octobre 2025, un accord de libre circulation des personnes avec la Barbade, la Dominique et Saint Vincent-et-les-Grenadines. Par ailleurs, la Cour Internationale de Justice (CIJ) pourrait rendre, fin 2026, son jugement final sur le différend territorial avec le Guatemala, vieux d’un siècle et demi. Guatemala City revendique près de la moitié du territoire bélizien et les deux pays ont décidé de soumettre l’affaire à la Cour en 2018. En 2022, le Belize a également soumis à la CIJ un différend avec le Honduras concernant la souveraineté sur les cayes de Sapodilla, et le Guatemala a, de son côté, demandé à intervenir en tant que partie intéressée.
Au plan extrarégional, le Belize tente d’attirer les investissements étrangers, notamment nord-américains. Les relations avec les Etats-Unis resteront cordiales. Les deux pays ont signé, en octobre 2025, un protocole de « pays tiers sûr » qui pourrait amener Belmopan à accueillir des demandeurs d’asile vivant sur le territoire étasunien. Malgré les pressions régionales et internationales, le pays reconnaît toujours Taïwan comme une nation souveraine et indépendante avec laquelle il est lié par un accord bilatéral de coopération économique, qui englobe des projets d’infrastructure, une assistance financière et technique, et un régime préférentiel pour les exportations béliziennes. Dans le même temps, la coopération avec le Royaume-Uni se poursuivra, essentiellement axée sur la lutte contre le trafic de drogue, le blanchiment d'argent et l’entrainement des forces armées. La sortie du Commonwealth et l’instauration d’une république, souhaitée par M. Briceño, semble peu probable à court terme du fait de l’opposition de la majorité de l’opinion.

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