L’armée prend le pouvoir et inquiète les observateurs internationaux
Madagascar a été secouée par une vague de manifestations débutée le 25 septembre 2025 à Antananarivo et dans plusieurs autres villes. À l’origine, le mouvement « Gen Z Madagascar », composé principalement de jeunes, protestait contre les coupures répétées d’eau et d’électricité. Rapidement, la mobilisation a pris une ampleur inédite, cristallisant un mécontentement plus large autour de la corruption, de la pauvreté persistante et de la concentration des richesses entre les mains d’une élite restreinte. Malgré le renvoi du gouvernement par le président Andry Rajoelina — réélu en novembre 2023 — et la nomination d’un nouveau Premier ministre, les manifestations se sont poursuivies dans un climat de répression violente. Le 12 octobre, l’ensemble de l’armée malgache a rejoint la contestation, sous l’impulsion du Capsat (Corps d’Armée des Personnels et des Services Administratifs et Techniques). Cette unité, qui avait déjà joué un rôle clef dans l’accession au pouvoir de Rajoelina en 2009, a cette fois précipité son départ, contraignant la France à organiser son exfiltration. Le 14 octobre, l’armée a officiellement pris le pouvoir, une action qualifiée de coup d’État par le président déchu. Un « Conseil de défense nationale de transition », composé d’officiers, a été mis en place. La Haute Cour constitutionnelle a validé le processus et nommé le colonel Michael Randrianirina, chef du Capsat, président par intérim — et ce, malgré la dissolution de toutes les institutions clefs à l’exception de l’Assemblée nationale. Le nouveau pouvoir militaire s’est engagé à organiser un référendum constitutionnel et des élections générales d’ici octobre 2027. Cette prise de contrôle par l’armée semble, pour l’heure, bénéficier d’un accueil favorable au sein de la population.
Sur le plan international, la prise de pouvoir par l’armée malgache a suscité une vive réaction. L’Union africaine (UA) a fermement condamné le coup d’État, suspendant Madagascar de toutes ses instances et exigeant un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Elle appelle à la mise en place d’un gouvernement de transition civil et à l’organisation d’élections libres et équitables. L’ONU a également condamné la prise de pouvoir par l’armée. A l’inverse, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a opté pour une approche plus conciliante et a annoncé que le Panel des anciens et le Groupe de référence pour la médiation de l’organisation feraient office de médiateurs. La France, quant à elle, a exprimé son inquiétude face à la prise de pouvoir par les militaires et a appelé ces derniers à préserver la démocratie et l’État de droit. Le rôle de la France dans l’exfiltration du président Rajoelina a ravivé une colère latente envers l’ancienne puissance coloniale. Dans ce contexte, peu de progrès sont attendus concernant le différend franco-malgache autour des Îles Éparses, situées dans le canal du Mozambique. Ces territoires, administrés par la France au sein des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), sont revendiqués par Madagascar depuis son indépendance en 1960.
La Chine et l’Inde resteront des pays partenaires importants, en raison de leur poids dans les importations malgaches (respectivement 24,7 % et 5,5 % en 2024). Pékin, qui a élevé ses relations bilatérales au rang de partenariat stratégique global en septembre 2024, cherche à renforcer son influence politique. Cette dynamique devrait inciter New Delhi à intensifier son engagement diplomatique et commercial, dans une logique de rivalité croissante entre les deux puissances asiatiques sur le continent africain.
La croissance est revue à la baisse dans un contexte d’incertitude
L’instabilité politique accrue, l’incertitude entourant la gouvernance et le rythme de la transition pèseront sur l’investissement et, donc, la croissance en 2025 et 2026. À la fin de l’année 2025, les émeutes et les pillages liés aux manifestations ont engendré des pertes économiques significatives, accompagnées de la destruction de plusieurs milliers d’emplois. Le secteur du tourisme a également été durement touché, avec une vague d’annulations de réservations. À ces perturbations s’ajoutent les grèves qui ont paralysé l’activité économique, ainsi qu’une faible production agricole, notamment une récolte de riz exceptionnellement basse due à une pluviométrie insuffisante. Le léger rebond de la croissance initialement anticipé pour 2026 — porté par l’investissement public dans les infrastructures et l’investissement privé dans les secteurs minier, touristique et des télécommunications — semble désormais compromis.
Sur le plan commercial, Madagascar subira les effets des nouveaux droits de douane américains de 15 % sur ses produits, ainsi que de l’expiration du programme AGOA (African Growth and Opportunity Act). Les tentatives de négociation de l’ancienne administration ont été vaines. Les États-Unis, deuxième marché à l’export du pays en 2024 (17,7 % des exportations totales), représente une destination clef pour les vêtements et la vanille malgaches (respectivement 55 % et 17 % des exportations vers les États-Unis). Toutefois, pour le textile, Madagascar cherche à réduire sa dépendance au marché américain en misant sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et en explorant des partenariats économiques avec des pays africains, occidentaux, les Émirats arabes unis, ainsi que d’autres marchés émergents.
L’inflation devrait rester élevée en 2025, alimentée par la hausse des prix des importations, des denrées alimentaires — conséquence de la faible récolte de riz — ainsi que de l’électricité et du carburant, affectés par des pénuries d’approvisionnement. En réponse, la Banque centrale de Madagascar (BFM) a relevé son taux directeur de 150 points de base, à 12 % en mai 2025. De nouvelles hausses de taux sont attendues fin 2025. En 2026, une légère accalmie est attendue grâce à une meilleure récolte de riz et à la baisse des prix du pétrole, mais la politique monétaire devrait rester restrictive face à une inflation persistante.
La consolidation budgétaire remise en cause par le changement de régime ?
Le déficit budgétaire devrait s’aggraver en 2025 avant de se réduire légèrement en 2026. La hausse des dépenses sera portée par les investissements publics et les mesures d’urgence pour l’énergie, compensant partiellement les efforts de consolidation budgétaire (réforme du système de retraite, nouveau mécanisme de fixation du prix du carburant). Toutefois, les subventions baissent avec la diminution des prix mondiaux du pétrole et les transferts à Jirama, la société publique d’électricité et d’eau, (2785 milliards d’ariary, soit 621 millions de dollars d’arriérés de paiement vis-à-vis de ses fournisseurs privés à fin 2024, sans compter les pertes opérationnelles récurrentes) devraient reculer grâce à son plan de redressement. En parallèle, les recettes publiques progresseront grâce à une nouvelle taxe sur les transactions mobiles, à la hausse des exportations de vanille à partir de 2026, et aux réformes fiscales soutenues par le FMI (taxe sur les revenus agricoles, hausse de la TVA sur les carburants, droits d'accise sur le tabac).
Toutefois, compte tenu des récents bouleversements politiques, les prévisions de croissance et de recettes publiques pourraient être revues à la baisse, entraînant un déficit budgétaire plus élevé que prévu, ce qui pèserait sur la consolidation budgétaire et le service de la dette. Michaël Randrianirina, nouveau chef de l’État, a toutefois annoncé une politique de sobriété budgétaire, visant à limiter les dépenses publiques aux besoins essentiels de la population. L’instabilité politique pourrait également restreindre l’accès de Madagascar aux financements extérieurs, notamment ceux des bailleurs officiels. De plus, la suspension de l’aide de l’USAID en janvier 2025 — qui représentait 690 millions de dollars entre 2022 et 2024, principalement pour l’aide d’urgence, la santé et le soutien budgétaire — aura un impact significatif sur les finances publiques. Malgré cela, le déficit devrait rester principalement financé par des emprunts extérieurs, majoritairement concessionnels. Le ratio dette publique/PIB devrait augmenter en 2025 et 2026, mais le risque de défaut restera modéré grâce à la nature largement concessionnelle de la dette.
En 2025, le déficit du compte courant devrait se creuser sous l’effet d’un accroissement du déficit commercial. Les exportations de vanille, de clou de girofle et de produits miniers reculent, pénalisées par l’offre excédentaire et la demande mondiale atone. En revanche, les exportations de vêtements semblent poursuivre leur progression malgré les droits de douane américains. Parallèlement, les importations de riz ont fortement augmenté — elles ont plus que doublé au premier semestre 2025. En 2026, le déficit courant restera élevé en raison de la dépendance structurelle aux importations, mais pourrait se réduire légèrement grâce à un rebond des recettes d’exportation de vanille et à une baisse des importations, portée par une meilleure récolte agricole et la diminution des prix mondiaux du pétrole.

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